
Ce disque s’inscrit dans la série « Inspiration Information » du label anglais « Strut » qui propose la rencontre entre des musiciens contemporains et leurs idoles. Cette édition a été confiée aux Heliocentrics, un collectif anglais composé de musiciens gravitant autour de Dj Shadow , de Madlib ou de The Herbaliser, et évoluant dans une univers mêlant électro, jazz, funk et psychédélisme.
Leur invité, Mulatu Astatke, est probablement l’un des musiciens les plus influents de l’Ethiopie des années 1960. Apres avoir étudié la musique à Londres, Boston et New-York, ou il collabora notamment avec Duke Ellington, il revint au pays ou il mélangeât les musiques traditionnelles de son pays, le jazz et les musiques latines. En introduisant dans une musique essentiellement vocale l’usage des congas et des bongos venus d’Amérique, et en développant l’intérêt pour les orchestrations, il sera donc considéré comme le père de ce genre hybride qu’est « Ethio-jazz ».
Ce sont d’abord les compilations « Éthiopiques », sorties il y a quelques années qui ont porté ces musiques à nos oreilles occidentales, puis vint La B.O du film Broken Flowers de Jim Jarmusch qui utilisa le titre « Yegelle Tezeta ». Enfin, tout récemment, c’est Nas & Damian Marley qui ont samplé ce même titre pour en faire leur tube « As we Enter ».
Une ambiance étrange s’installe des l’ouverture du disque, avec « Masenqo » : quelques notes de piano éparses introduisent des percussions et un chant rituel qui sont soudain balayés par un jazz barré aux relents blues et au rythme obsédant. De la Nouvelle-Orléans, on passe à la Havane avec le savoureux et lancinant « Cha Cha », dans lequel on retrouve Mulatu Astatke au Vibraphone avec un jeu qui n’a à envier aux grands du genre comme Lionel Hampton.
« Mulatu », avec son rythme en 6/8, déclare plus ouvertement ses influences africaines, notamment grâce a un jeu de guitare très afro-beat et des cuivres empruntés au monde du jazz. « Esketa Dance », vous emmènera dans un parcours onirique et enivrant à la mélodie oscillant entre blues et musique orientale.
Le groupe montre tout le talent de ses membres dans « Chinese New Year », le morceau le plus ouvertement jazz du disque, qui intègre des éléments mélodiques asiatiques et le jeu délicat de violoncelle de Danny Keane dans un groove complexe mais entrainant.
Les Heliocentrics reprennent la direction dans « Fire in the Zoo », un titre au rythme hip-hop prédominant et au jeu de cuivres énergique et liberé, flirtant parfois avec le free-jazz.
Pour clore cette chronique, remarquons le bien dénommé « An Epic story », avec un rythme lent qui nous entraine dans un voyage vers un univers étrange et fabuleux, celui que ce disque propose a vos oreilles curieuses et réceptives.
Samuel Mussen



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