Les présentoirs de la médiathèque regorgent d’albums de toutes époques, origines et styles… De temps en temps, une mise à jour s’impose ! C’est à nous, les médiathécaires, d’assurer que les collections restent attractives et up-to-date. C’est ainsi que nous examinons régulièrement les listes des titres qui n’ont pas été empruntés depuis trop longtemps pour ensuite décider de leur sort. Certains sont envoyés aux archives et restent disponibles à l’emprunt. Quant aux médias dont un exemplaire est déjà présent aux archives, nous les mettons en vente. C’est de là que proviennent les médias que vous, les membres, pouvez acheter. Il reste encore les médias que nous choisissons de garder dans nos collections, ces albums qui ont été occultés par les titres à plus grand succès. Voici quelques albums « coup de cœur » qui gardent leur place dans la collection.
FUNK
KN1900 Natural Yogurt Bang, Away With Melancholy
Pour les nerds de la musique…Ce groupe mystérieux issu de Nottingham (aucun lien de parenté avec le Shérif) fait de la library music. Non, ce n’est pas de la musique de bibliothèque ! Library music est un terme qui désigne la musique qui est destinée à un public limité, notamment aux professionnels de l’audiovisuel. C’est de la musique dite « d’illustration » ; on l’utilise en effet pour illustrer, ou accompagner, les productions audiovisuelles (films, publicités, reportages, etc.). Cet album est d’abord sorti en 2008 sur le label Jazzman en 1000 exemplaires et lorsque Now Again Records l’a réédité en 2009, ils n’en ont guère pressé plus. Il n’en existe donc que 3000 dans le monde et nous en avons un chez nous, quelle chance ! Natural Yogurt Band, c’est le producteur Miles Newbold (Little Barrie, Soundcarriers), et Wayne Fullwood, ex-batteur de Little Barrie. Album instrumental qui n’est certes pas novateur mais qui réussit parfaitement une fusion d’acid jazz psychédélique et de funk downtempo aux nuances hip hop. Fullwood fait éclabousser les cymbales dans un scintillement cosmique. Enveloppez-vous dans la couette douillette d’orgue et de Moog chaleureux, frissonnez avec les éclats de xylophone…
BLUES
KW5922 Big Joe Williams, Shake Your Boogie
Big Joe était un vagabond, il incarnait le stéréotype du bluesman itinérant. Il a chanté dans des cafés, des juke joints, sous des porches, dans des ruelles, entre la Nouvelle Orléans et Chicago, entre les années 30 et 70. Son style, c’est le Delta Blues, caractérisé par une utilisation percussive de la guitare. Big Joe frappait sur la caisse et sur le manche de sa guitare à 9 cordes qu’il avait trafiquée lui-même. Chris Strachwitz, futur directeur du label Arhoolie (spécialisé en musique populaire américaine obscure), a rencontré Big Joe en 1960 et lui a fait enregistrer quelques chansons en une après-midi avec les moyens du bord (un Ampex et un seul micro). Big Joe était très troublé ce jour-là, il traversait une période de grand désarroi. C’est d’ailleurs l’histoire de toute sa vie ; Big Joe n’a jamais eu de chance ni d’argent. Malgré la qualité rudimentaire de l’enregistrement, la version remasterisée du CD que je vous recommande vous permettra d’entendre l’émotion brute dans la voix de Williams.
HIP HOP
KF3323 Five Deez, Slow Children Playing
KF 3320 Five Deez, Koolmotor
Five Deez, c’est le diminutif de Five Dimensions. Le nom du groupe fait allusion à la largeur de leur musique : ils nous emmènent au-delà des simples trois dimensions. Slow Children Playing et Koolmotor sont deux albums pleins à craquer de doux sons jazzy qui font penser à une après-midi dans le parc quand il fait bon, pas trop chaud… C’est du hip hop indépendant, expérimental et surtout original. Les Five Deez sont injustement méconnus ici mais ils font un carton au Japon depuis une dizaine d’années. On peut d’ailleurs entendre rapper Shing 02, un MC japonais, sur la chanson « Sexual for Elizabeth ». La majorité des productions sont faites par Fat Jon, un producteur très respecté du hip hop indépendant. Il fait également partie du duo 3582 avec J. Rawls. Fat Jon est créatif et innovateur, ses instrus sont bien fresh même une petite dizaine d’années plus tard, et ce sont clairement eux qui attirent l’attention, à tel point qu’ils éclipsent les flows des autres membres du groupe. Les textes sont pourtant positifs et intelligents, ressemblant à de la poésie par moments. On n’a pas le temps de s’ennuyer en faisant une virée en Koolmotor ; la vaste palette musicale chasse la répétitivité. Dans le rayon « chouchoux outrap ».
SOUL
La poétesse Wanda Robinson récite ses vers de spoken word sur un fond de musique jazz/soul. Elle a sorti un premier disque sur Perception Records en 1971 (Black Ivory, UR6592). Pour Me & A Friend, on lui a assigné les arrangements d’un certain Julius Brockington. Les arrangements sont très jazzy : piano frénétique, flûte animée et funky par moments, mais surtout des breaks de percussion très dynamiques. Ces breaks de percussions ont d’ailleurs été repris maintes fois par divers producteurs hip-hop. La voix de Robinson est déterminée et chargée d’assurance, sa récitation est très expressive. Ses textes abordent les questions de droits civiques sur un ton revendicateur (« parce qu’ils nous envient, ils essaient de nous imiter en bougeant leurs hanches raides, ils osent appeler ça le rythme, ils ont le culot de dire que c’est de la danse »). Le désir et les rapports hommes/femmes sont des autres thèmes récurrents. Ce disque n’a pas plu à Robinson lors de sa parution en 1973 (entre autres parce qu’elle avait tourné le dos à l’industrie du disque par désenchantement), mais je l’aime beaucoup !
REGGAE
KW 0256 Bunny Wailer, Rock n’ Groove
Album paru en 1981, juste après les élections jamaïcaines de 1980. Suite à la violence des campagnes électorales, le pays est ravagé par le crime et l’insécurité. Les dance halls (salles de fête), souvent affiliés à des figures politiques, sont trop souvent accablés de violence et de drogue. C’est pourquoi on décide d’en fermer la plupart. Au milieu de ce climat de tension, Bunny Wailer, beau-frère de Bob Marley et membre fondateur des Wailers, sort Rock ‘n Groove, un album teinté du style rub-a-dub. Dans le livret de la réédition CD, on prétend que Bunny, « doté d’un pouvoir guérisseur, brise les chaînes du conflit et [….] remplace la tristesse par la joie et la gaieté de Cool Runnings et Rock n’ Groove ». On peut entendre dans les textes l’hédonisme du style dancehall qui se distanciait des thèmes sérieux du roots reggae. Afin de faire place pour des plages bonus sur le CD, les chansons ont été malheureusement raccourcies au moyen d’un fading. L’écoute n’en est pas moins agréable; les toasts de Bunny débordent de positivité et nous donnent le sourire.
Emina.










