Bifff, au jour… la nuit (4) : dimanche 12 avril 2009

Bifff, au jour… la nuit (4) : dimanche 12 avril 2009

Un lendemain d’une « Nuit » qui semble s’être déroulée normalement et qui n’a laissé aucune trace sur les Festivaliers. C’est peut-être le soleil très généreux de ces vacances de Pâques qui a effacé les cernes de certains ? Quoi qu’il en soit, les gens sont toujours d’attaque et ça fait plaisir à voir. J’ai la sensation que les séances sont bien pleines depuis le début. Ce n’est pas les organisateurs qui s’en plaindront.

Aujourd’hui, je saute la séance de 18h00 étant donné qu’il s’agit d’une suite et que je n’ai pas vu le premier… il est donc 19h30 lorsque j’arrive à Tour & Taxis. Une chouette animation avec une marionnette en forme de gorille fait passer le temps de la longue file. C’est qu’il y a encore beaucoup de monde pour cette séance de 20h00.

The Uninvited de Guard Brothers (2008)

Anna rentre à la maison après avoir passé un petit séjour dans une institution psychiatrique suite à une tentative de suicide. Mais les retrouvailles semblent ternies par la présence de Rachel, l’ex-infirmière de la mère d’Anna (décédée dans un incendie) et qui a troqué sa blouse blanche contre un tablier de belle-mère sexy. C’est ainsi que Anna tente, avec l’aide de sa sœur Alex, de découvrir qui se cache réellement derrière cette infirmière voleuse de mari, jusqu’à la soupçonner d’avoir provoquer l’incendie qui a tué sa mère…

The Uninvited fait partie de cette loooongue liste de films à la production américaine et qui se basent sur un scénario asiatique :

Ringu de Hideo Nakata fut probablement l’un des premiers films d’horreur a lancer le mouvement et a bénéficier d’un tournage made in US quelques années plus tard par Gore Verbinski (2004).

Il y a eu par la suite Ju-on : The Grudge de Takashi Shimizu (2002) retourné avec des acteurs américains en 2004 par … Takashi Shimizu (ne dit-on pas que l’herbe est plus verte chez le voisin ?).

Même phénomène pour The Grudge 2 également de Takashi Shimizu (2003) qui retournera la version américaine en 2006 ;

The Eye (2002) des frères Pang fut repris en 2008 par Xavier Palud et David Moreau ; Dark water originalement de Hideo Nakata (2002) fut retourné par Walter Salles en 2005 ; et la liste n’est ni  complète, ni prête de se terminer…

Et donc ce The Uninvited est le remake d’un film coréen, A tale of two sisters de Ji-woon Kim (2003) projeté au Bifff l’année suivante et qui repartait avec un Corbeau d’argent dans ses valises. Si le phénomène du remake a souvent pour résultat de fournir une pâle copie de la première version, il y a quelques rares exceptions à la règle et on peut dire que ce The Uninvited a le mérite de rendre l’histoire originale coréenne un peu plus compréhensible et surtout plus rythmée (ce qui avait eu pour conséquence un certain chahut assez désagréable lors de la projection de A tale of two sisters en 2004). The Uninvited n’est certes pas un chef-d’œuvre mais aura mérité sa sortie en dvd pour le grand public.

Stoic de Uwe Boll (2009)

Uwe Boll est un réalisateur allemand à la très mauvaise réputation de tâcheron spécialisé dans les adaptations de jeu vidéo et de série B. Il nous avait présenté l’année dernière une adaptation très personnelle et tout à fait politiquement incorrecte du jeu The Postal (voir chronique).

Grosse surprise donc cette année puisque Uwe Boll vient (en personne) nous présenter Stoic, un film repris dans le programme du Bifff comme « un thriller qui instille le malaise avant de nous plonger dans une horreur autant physique que psychologique », un registre tout à fait méconnu pour ce réalisateur.

Et de malaise, on peut dire qu’il était bel et bien question tout au long de la projection.

Stoic est un huis-clos qui se déroule entièrement dans une cellule de prison où quatre détenus se partagent le peu d’espace vital qui leur est fourni. Alors qu’ils sont tranquillement en train de jouer aux cartes, un des quatre prisonniers propose de faire manger le contenu d’un tube de dentifrice au prochain perdant. Mais le sort semble s’acharner contre lui puisque c’est l’inventeur de cette blague stupide qui perd la partie et le voilà obligé de s’exécuter. C’est avec l’aide un peu forcée des ces trois autres co-détenus qu’il va devoir avaler la pâte dentaire. Mais là où ce genre de pari stupide du niveau d’un bizutage quelconque se serait terminé par un gros mal de ventre, cet événement anodin va être le point de départ d’une succession incroyable d’humiliations les plus cruelles qui soient…

En effet, à partir du moment où cet homme en arrive malgré lui à avaler le contenu du tube de dentifrice, il prend aux yeux des membres du groupe une position de victime et de vaincu qui ne sera que plus facile à exploiter par les trois autres, leur permettant de se positionner dans le trio restant…

Ce film Stoic nous emmène dans les tréfonds de la bêtise humaine et aussi de la survie et de la hiérarchisation qui se créée dans un groupe d’individus. Car, outre les séquences filmées dans la cellule, le film est entrecoupé du témoignage des trois détenus ayant infligé les violentes humiliations au quatrième personnage, jusque mort s’en suive.

Après le visionnement de ce genre de film, on est en droit de se demander si Uwe Boll ne va pas trop loin (rien qu’a voir le nombre de gens qui ont quitté la salle durant la projection, on peut se poser effectivement la question).

Vient aussi le perpétuel débat de savoir s’il est nécessaire de dénoncer la violence (et ici la cruauté humaine) en la montrant ?

On avait déjà été face à ce dilemme avec le film « Funny games » de Michael Haneke, qui avait eu l’audace de prendre le spectateur à partie dans des scènes de violence uniquement suggérées. Pour rappel, « Funny games » version originale ou version U.S. raconte l’histoire de jeunes gens qui s’acharnent sur une famille bourgeoise sous le seul prétexte de s’amuser. « Orange mécanique » a eu aussi son lot de questionnements à l’époque car Stanley Kubrick avait osé donner un côté esthétique à la violence, même si le film revu maintenant n’a plus l’effet escompté à sa sortie en 1971.

Dans une société où la violence semble complètement banalisée, est-il encore possible de la dénoncer sans la montrer ? Pour ma part, je pense qu’il faut appeler un chat, un chat et qu’il faut insister sur le fait que Stoic est basé sur une histoire vraie, ce qui permet de repositionner la démarche de Uwe Boll.

Pour en revenir au film, il faut souligner surtout le jeu des acteurs qui m’a semblé très intéressant, d’autant plus lorsque l’on sait que la majorité du film a été réalisée sur base d’improvisation, les acteurs ayant créés leur personnage au fil du tournage. Edward Furlong était d’ailleurs présent au côté de Uwe Boll pour défendre le film. Le tournage semble avoir été éprouvant.

Bon ou mauvais, Stoic a le mérite de faire cogiter le spectateur. Je me suis plusieurs fois demandé durant la projection si je devais rester ou partir. J’avoue avoir été scotchée à mon fauteuil jusqu’au bout et je ne le regrette pas. Je n’ai pas considéré que Uwe Boll nous avait infligé de la violence gratuite même s’il fallait s’accrocher durant certaines séquences particulièrement difficiles. Il est intéressant aussi de voir en fin de film les petites peines pour lesquelles ces quatre prisonniers étaient enfermés.

Plus ou moins dans le même thème (mais en beaucoup moins violent), je vous conseille de regarder le film Das Experiment de Olivier Hirschbiegel (2001).

Le débat est lancé : alors, Stoic, pour ou contre ?

Brigitte Segers

Publicités

A propos La média de bxl

La médiathèque de Bruxelles Centre : un repaire de découvertes et de passions. Nous aimons les musiques, les films, le multimédia. dans tous les genres, tous les courants. A la recherche de titres précis ou envie de découvertes ? Nous vous proposons plus de 100.000 titres musicaux et audiovisuels en accès direct, ainsi que des sélections ciblées. La médiathèque, c’est cinquante ans d’histoires culturelles enrichies au quotidien par des mélomanes et cinéphiles rodés au défrichage de répertoires et tendances sans cesse renouvelées. Bienvenue !
Cet article, publié dans Bifff, Brigitte Segers, Cinéma (fiction), est tagué , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Bifff, au jour… la nuit (4) : dimanche 12 avril 2009

  1. Ping : Bifff, au jour… la nuit (13) : mardi 21 avril 2009 « Passage 44

  2. passage44 dit :

    Uwe Boll mérite mieux que le 2/10 de IMDB.
    J’ai lu des critiques pas très objectives sur Stoic sur Internet.
    On attend la remise des prix avec impatience.

  3. Bardaf dit :

    Stoic fut une véritable claque pour de nombreux bifffeurs. Probablement un prix?

    La sceance de minuit par contre etait un pétard mouillé (Wasting Away). L’idée de depart etait bonne, mais les idees et le budget étaient épuisés apres 30 min…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s