– Les Philosophiques

 

Il y a quelque temps, je vous invitais par un billet sur ce blog, à découvrir notre « Bibliothèque Sonore ». Aujourd’hui, j’ai sélectionné parmi les médias qui la constituent, sous l’intitulé « Les Philosophiques », les documents, conférences, débats, lectures de textes, enregistrements et films concernant les philosophes.

Je tiens depuis longtemps la pensée de beaucoup d’écrivains pour aussi profonde et éclairante que celle de bien des philosophes. Le numéro de Septembre du « Magazine Littéraire » verse de l’eau à mon moulin romanesque,  proposant sous le titre « Je pense, donc j’écris » une enquête réfléchissant sur les rapports entre littérature et philosophie et je retiens cette phrase du philosophe Vincent Descombes : « La supériorité du roman ne réside pas dans la production de théories, mais dans son pouvoir d’éclaircissement plus grand des réalités énigmatiques ou obscures, comme c’est le cas de la vie telle qu’elle est la plupart du temps vécue » et aussi cette pensée de Julien Gracq : « Tant de mains pour changer le monde et si peu de regards pour le contempler ».

Les écrivains citent des philosophes dans leurs textes et les philosophes font régulièrement référence aux écrivains. Des philosophes font des incursions dans le domaines de la fiction, certains s’y sont établi.  Une évidente attraction s’exerce entre ces deux domaines de la pensée.

Néanmoins j’ai opéré ma sélection uniquement parmi les philosophes reconnus comme tels, et aux grands penseurs de notre temps. Platon m’en féliciterait, lui qui tenait la fiction pour mensonge ! Une centaine de médias vous sont ainsi présentés.

 

Pour une histoire de la philosophie, «  Anthologies » et « Passeurs »

La matière est énorme et complexe, son langage spécifique et ses théories ne sont pas toujours aisés à appréhender. Certains philosophes se sont faits « passeurs » afin de nous guider dans l’univers de la pensée.  Ainsi  Michel Onfray et sa « Contre-histoire de la philosophie » , cycle de cours donnés dans son Université Populaire de Caen, créée en 2003. Ses cours on été diffusés sur France-Culture et enregistrés en plusieurs coffrets de cd’s.

Sur France-Culture, toujours, Raphaël Enthoven co-produisait l’émission « Les Vendredis de la Philosophie », invitant des philosophes contemporains à commenter des grands textes de l’histoire de la philosophie. Certaines de ces émissions sont éditées en  « livre-cd ». A propos de Raphaël Enthoven, je vous engage à consulter les articles parus sur le blog d’une de nos rédactrices.

André Comte-Sponville se livre à la lecture d’extraits de sa « Présentation de la philosophie » et Luc Ferry dans un « Traité de la philosophie » en 4 cd’s se propose de raconter cinq des plus grands moments de son histoire et dans un cours particulier « Kant, l’œuvre philosophique expliquée » veut nous amener à  appréhender la signification et les enjeux de cette œuvre ardue et nous en donner les clés essentielles.

Une « Anthologie sonore de la pensée française par les philosophes du XXème siècle » présente en 6 cd’s des archives de l‘Institut National de l’Audiovisuel, extraits d’entretiens, de causeries, de conférences donnés par les grands philosophes français contemporains.

D’autres anthologies vous sont encore présentées, à découvrir en rayon !….

  

Ecouter un philosophe parler…

 …est passionnant surtout quand il réfléchit et médite en parlant, emporté par son sujet et, si les pensées de ces  veilleurs  comptent pour beaucoup dans l’histoire des sociétés elles sont parfois amusantes, tant le raisonnement peut ressembler à un jeux. Ecoutez par exemple Vladimir Jankelevitch qui a beaucoup écrit sur la musique, évoquant les « Notes sur Chopin » d’André Gide : « André Gide se demande pourquoi on parle des « préludes » de Chopin, préludes à quoi ? préludes de quoi ? Je trouve la question bête et pédante, et si justement le prélude ne préludait à rien, si son essence même n’était pas de préluder « en général », c’est ça le mystère musical du prélude, préludant « en général » sans ne préluder à rien, il n’est pas nécessaire de dire à quoi il prélude, c’est la différence entre le mystère musical et l’introduction, l’avant-propos, avant-propos de quel propos ?… ».

Passionnant d’écouter les leçons que George Steiner donna au Collège de France en 1992 sur le thème  « Origine et Poétique », une réflexion magistrale et érudite, interrogeant les théories philosophiques de la création esthétique, sondant les fondements de nos questionnements sur l’origine, il s’appuie sur les textes philosophiques et sur les oeuvres des peintres, écrivains, musiciens… « Le discours philosophique est la musique de la pensée » écrit-il dans son essai « Grammaires de la Création ». Il place la musique au centre de son questionnement, en fait le pivot, plaidant pour une sémantique de la musique, il cite : « l’Univers venait-il à périr, la musique resterait » Schopenhauer, « C’est l’adagio du troisième quatuor de Brahms qui a empêché chez moi le suicide » Wittgenstein, « L’âme est mortellement malade si elle n’est pas musique » Shakespeare, « Liberté suprême et miraculeuse qu’a la musique d’être en dehors du temps en créant son temps propre… » Saint Augustin… Evoquant le musicien dans son œuvre, il estime les quinze quatuors de Chostakovitch comme la plus grande de toutes les autobiographies du XXème siècle…

Passionnant d’écouter Gilles Deleuze, Michel Foucault, Albert Jacquard, Roland Barthes, André Malraux et tant d’autres… D’écouter, mais aussi de voir. Une trentaine de films documentaires proposent des portraits de philosophes, des contemporains essentiellement, qui parlent, commentent les images, les films dont ils sont « le matériau ». Ainsi le portrait de Jacques Derrida, filmé par Safaa Fathy, merveilleuse approche de l’homme et de sa philosophie. Ainsi « Mot de Passe », où Jean Baudillard, utilisant les mots comme passeurs d’idées développent ses réflexions à partir de certains d’entre eux, bien sûr, « L’abécédaire » de Gilles Deleuze où le philosophe se livre aussi à partir de mots choisis suivant l’alphabet. Edgar Morin dans « Ainsi parle…Edgar Morin », réfléchit sur la connaissance, l’erreur, l’illusion, la complexité, les questions fondamentales, existentielles. Paul Virilio dans « Penser la Vitesse » met en question la technologisation et la mondialisation, la « propagande du progrès » et nous parle d’un temps devenu « accidentel » et « inhabitable ». Bernard-Henri Levy pour lequel la philosophie est faite pour transformer le monde nous place devant les « barbaries contemporaines » et de la nécessité, pour ce reporter de la pensée,  de se rendre sur le terrain de ces barbaries.

Voyez, voyez tous ces films, il y a matière à penser !

 

 Des textes philosophiques lus…

Des acteurs, souvent lecteurs de talent, prêtent leur voix aux textes des philosophes. Denis Podalydès se livre avec toute sa sensibilité aux mots, à son intelligence du langage, au terrible questionnement par lequel Etienne de La Boétie débute son « Discours sur la servitude volontaire » écrit en 1547,  terrible parce que toujours actuel : « Je voudrais seulement comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent, qui n’a pouvoir de leur nuire qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer et qui ne pourrait leur faire aucun mal s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui que de le contredire. Chose vraiment étonnante et pourtant si commune qu’il faut plutôt en gémir que s’en ébahir de voir un million d’hommes misérablement asservis, la tête sous le joug, non qu’ils y soient contraints par une force majeure mais  parce qu’ils sont fascinés et pour ainsi dire ensorcelés par le seul nom d’un qu’ils ne devraient pas redouter puisqu’il est seul, ni aimer puisqu’il est envers eux tous inhumain et cruel. Telle est pourtant la faiblesse des hommes, contraints à l’obéissance… ».

Deux siècles plus tard, Jean-Jacques Rousseau écrit dans « Du contrat social » lu par Denis Podalydès : « L’homme est né libre et pourtant il est dans les fers. Tel se croit le maître des autres… qu’est-ce qui peut le rendre légitime ?…Tant qu’un peuple est contraint d’obéir et qu’il obéit il fait bien. Si tôt qu’il peut secouer le joug et qu’il le secoue, il fait encore mieux car recouvrant sa liberté par le même droit qui le lui a ravie. Ou  il est fondé à la reprendre, ou on ne l’était point à la lui ôter… » et Rousseau analysant les principes du droit politique, de ce qui peut rendre le pouvoir légitime propose une convention sociale, le peuple se constituant comme une association dont la volonté générale serait l’autorité suprême garantissant ainsi liberté et bien-être à chaque citoyen.

Plus de deux siècles plus tard, où en sommes-nous ?

Il faut écouter les « Confessions » de Saint Augustin (354-430), texte lu par Daniel Mesguich, Saint Augustin se posant des questions sur le temps, s’opposant à l’idée qu’il serait uniquement le mouvement des astres « Je ne suis pas de cet avis car pourquoi le mouvement de tout autre corps ne serait-il pas le temps ?… ». Le questionnement sur le Temps pourrait  servir de fil rouge à une poursuite philosophique depuis l’antiquité jusqu’à nos jours…. D’autres textes, « les « Pensées » de Pascal, « L’Apologie de Socrate » de Platon, des « Entretiens » de Confucius, des textes d’Henri Bergson, le « Discours de la Méthode » de Descartes, les « Essais » de Montaigne, « Ainsi parlait Zarathoustra » de Nietzsche…

 

Cinéma et Philosophie

« L’image-mouvement » et « L’image-temps », deux livres de Gilles Deleuze qui a consacré au cinéma des années de cours entre 1981 et 1984, 6 cd’s pour trois thèmes : « L’intuition de Bergson » – c’est Bergson qui dans son livre « Matière et mémoire » écrit en 1896,  élabore l’idée de l’image-mouvement-, « De la philosophie au cinéma » et « Du cinéma à la philosophie ».

Le dernier des « Petits Cahiers » des « Cahiers du Cinéma » est intitulé  « Cinéma et Philosophie », un dossier de Juliette Cerf (critique de cinéma, journaliste à « Philosophie Magazine », collaboratrice au « Magazine Littéraire »…), dossier qui s’ouvre sur une citation de Jean-Luc Godard « Je pense donc le cinéma existe ». Le cinéma comme espace de pensée, de philosophie, de réflexion sur le monde. Philosophie et cinéma ou philosophie du cinéma ? « Histoire(s) du Cinéma » de Jean-Luc Godard, coffret de 4 livres-cd’s, est une œuvre de questionnement sur le cinéma, sur la pensée, sur l’art, Godard y fait  référence à la philosophie comme dans quasi tous ses films. Ainsi dans « Vivre sa vie », une phrase de Montaigne figure au générique du film dans lequel Nana, une prostituée, aborde un philosophe dans un café ce qui engendre « …une conversation sur les grandes questions du cinéma et de la philosophie… ».

S’ils ne parlent pas que de cinéma, l’entretien entre Godard et Sollers réalisé au moment de la sortie de « Je vous salue Marie » en 1984 me semble devoir figurer dans cette sélection.

 M’appuyant sur le texte de Juliette Cerf j’ai sélectionné quelques films cités qui figurent dans notre catalogue :

Jean Epstein, Termaji – Jean Epstein (1897-1953) est le premier cinéaste philosophe. Avec lui naît la pensée du cinéma français. «  La philosophie du cinéma est toute à faire » Le cinéma peut montrer une autre réalité, nous faire voir l’invisible, l’abstraction. Cinéaste, philosophe et poète, il écrit « L’art nous est donné pour nous empêcher de mourir de la vérité ». Il éprouve  la nécessité de détruire le culte de la vérité pour accueillir l’irrationalité dionysiaque, conceptuelle de l’art.

Guy Debord – Œuvres cinématographiques complètes Auteur de « La Société du Spectacle » (1967) il réalise 6 films, dont l’adaptation de « La Société du Spectacle ». « Le spectacle n’est qu’une image d’unification heureuse environnée de désolation et d’épouvante, au centre tranquille du malheur…». Debord écrit et filme contre le cinéma. «  Hurlements en faveur de Sade » est un film sans images. Debord n’a alors que 20 ans et le film fait scandale…

Robert Bresson« Pickpocket »« Etre scrupuleux. Rejeter tout ce qui du réel ne devient pas vrai… » Bresson appelait les acteurs des modèles. L’acteur se situe du côté du paraître, du faux ; le modèle « pris dans la vie » est du côté de la vérité, de l’être. Il ne joue pas mais vit un mouvement d’intériorisation, qui le conduit à s’approprier ce qu’il est. La mise en scène physique de Bresson révèle, jusqu’au dépouillement, cette substance du modèle… (Propos de Juliette Cerf)

Film, de Samuel Beckett  travaille la tension entre le visible et l’invisible. Un homme, qui ne supporte plus d’être vu par les autres, se barricade chez lui où il supprime tous les accessoires et traces de vies susceptibles de lui renvoyer une image de lui-même(miroir, fenêtre, animaux, photos)…. Comment devenir imperceptible ? Le personnage, refusant que l’on perçoive son corps, se change en pure idée et sombre dans le néant. Ce film conceptuel, qui ne pouvait que se nommer Film, bascule vers l’essai philosophique. (Propos de Juliette Cerf)

« Noce Blanche » de Jean-Claude Brisseau – met en scène une passion mortelle entre un professeur de philosophie (Bruno Kremer) et sa jeune élève (Vanessa Paradis), ange exterminateur. Elève fantôme toujours absente, Mathilde se distingue lors d’une brillante leçon sur l’inconscient… L’enseignant marié, auteur d’un livre qui joue un rôle moteur dans la fiction, La Philosophie mystique chez Simone Weil, lui donne des cours particuliers pour l’aider à rattraper son retard dans les autres matières. Ce face-à-face pédagogique se change en amour scandaleux… Le film figure le ravissement de la raison du philosophe, cher à Simone Weil. (Propos de Juliette Cerf)

« Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) – Arnaud Desplechin Un personnage dans un milieu de philosophes, aux prises avec les tourments des sentiments, le discours sentimental « élevé au rang d’art philosophique ».

« Ma Nuit chez Maud » – Eric Rohmer Troisième des « Six Contes Moraux » est une discussion entre un ingénieur catholique et un philosophe marxiste à propos de Pascal. Très présente dans les films de Rohmer, la philosophie devient un combustible vivant, un rouage moteur de la fiction.

Le Destin – Youssef Chahine Vie et destin du philosophe et médecin Averroes, qui vécut en Andalousie au XIIème siècle et dont les livres seront interdits et brûlés par un pouvoir extrémiste refusant la tolérance et l’ouverture humaniste du philosophe. 

Et bien sûr MATRIX ! Un immense questionnement sur le réel, l’apparence, le virtuel. « Bienvenue dans le désert du réel ! » Phrase inspirée par Jean Baudrillard, philosophe . Néo, le héros de Matrix,  dissimule des cassettes piratées dans  le livre du philosophe  « Simulacres et Simulation »  Véritable phénomène du septième art, le film a reçu l’accueil que l’on sait des milieux intellectuels en général.

Le grand sujet du questionnement du cinéma c’est son rapport avec la réalité et à son image. La fuir (Epstein,…), la revendiquer, réalité-vérité ( Bresson, les frères Dardenne,…), faire de ce questionnement le matériau de l’œuvre (la plupart des cinéastes… ). Ainsi le cinéma d’Hitchcock peut aussi se prêter à une lecture philosophique, j’y ajouterais bien celui de Chaplin, Ferreri, Pasolini (Théorème)… et… tant d’autres !

Le penseur de la palissade de la rue du Marais, Bruxelles

Entre le « Que suis-je et  quel est le sens de la vie, cette trajectoire éphémère face au mystère de l’univers? Et qu’est-ce que le réel ? Suis-je un pantin manipulé et programmé berné par la mondialisation économique?… » Restons vigilants, curieux, créatifs et combatifs ! (Allez donc voir le blog de notre directeur des collections !)

Alors,  « Je pense donc je vais à la Média de Bruxelles »????

Je vous souhaite un bel automne empli de pensées profondes…

Françoise Vandenwouwer

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A propos La média de bxl

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