– Ljiljana Buttler – « La mère de l’âme gitane »

Ljiljana Buttler

Ljiljana Buttler

Connaissez-vous « La mère de l’âme gitane »? Elle a une voix qui me fait vibrer… pour ne pas dire qu’elle me donne la chair de poule…

Elle est née en 1944 à Belgrade, en Yougoslavie, d’un père accordéoniste et d’une mère chanteuse, originaire de Croatie. Elle montera très tôt sur la scène. Un soir, alors que sa mère était malade, elle proposa de la remplacer. Toute petite déjà, elle l’a suivait partout. Accompagnée d’un orchestre, sa mère chantait dans les cafés, les restaurants et les fêtes privées. Ce soir là, il y eu de la gène, de l’amusement, de la raillerie, mais lorsque sa voix s’élève, les rires cessent. C’était en 1956, elle avait douze ans.

A Berljina, Ljiljana suit avec passion ses premiers cours de chant et de piano à l’école de musique. Sa voix grave et profonde nous fait ressentir des émotions telles que la mélancolie et  la douleur, peut-être du à son destin qui n’était pas des plus rose. Elle se retrouvera seule à 14 ans et tournera de cafés en restaurants et fêtes privées dans Berljina et les environs. Elle se fera un nom, qui à cette époque était Ljiljana Petrovic, en interprétant des romances gitanes, du jazz, de la musique traditionnelle des balkans, de la pop, des chansons russes, de la musique classique et des sevdah.

Il faut que je vous parle du sevdah, le blues des balkans. Le sevdah, diminutif de sevdalinka,  vient de Turquie. Le mot a des origines arabes et veut dire amour, passion, désir ou « maladie d’amour ». C’est un genre de musique traditionnelle de Bosnie, mais il est aussi très populaire dans plusieurs régions de l’ancienne Yougoslavie tel que  la Serbie, la Croatie, le Monténégro et la Macédoine. Dans sa forme musicale, la sevdalinka se caractérise par un tempo doux , voir modéré et une riche harmonie qui donne une impression de mélancolie. Les chants sevdalinke, chargés d’émotions,  sont des poèmes d’amour, souvent d’amour désespéré, impossible, meurtri et traditionnellement entonnés avec passion et ferveur.  Initialement, le chanteur était accompagné d’un luth saz. Aujourd’hui, l’orchestre est généralement composé d’accordéon, de violon, de guitare ou d’autres instruments à cordes, parfois de flûtes ou clarinettes. Dans les années 90, le collectif de musiciens Mostar Sevdah Reunion a repris les sevdalinkes bosniaques les plus populaires. Ils ont d’ailleurs enregistrer un album avec Ljiljana Buttler, « The legends of life ».

Pour en revenir à Ljiljana, dans les années 60, elle commence à être connue dans le monde de la musique et part à Belgrade chanter dans les Kafanas, d’immenses restaurants. Elle enregistrera son premier album, des romances gitanes, en 1969. Elle se détache du style traditionnel des Balkans et devient l’égérie des intellectuels et des artistes yougoslaves qui lui donne son surnom, « Le mère de l’âme gitane ».

A la fin de 1970, les yougoslaves sont fascinés par les nouvelles technologies et leurs sons synthétiques, les orchestres sont petit à petit remplacés par des « turbo folk », une combinaison d’éléments folkloriques traditionnels et de sons synthétiques. En voici une démonstration…

Fidèle à la musique, Ljiliana refuse toute concession face à cette nouvelle mode commerciale, car il faut le dire, ce type de musique est purement commerciale. Les Kafanas sont désertés, elle finira par quitter la Yougoslavie pour aller vivre en Allemagne, à Dusseldorf, où elle tombera volontairement dans l’anonymat le plus complet. Ljiljana décide de ne plus chanter, elle fera des ménages, sera serveuse, pour subvenir à ses besoins…

"The mother of gypsy soul"

C’est en 2000 que Dragi Sestic, producteur, entend une vieille cassette et tombe amoureux de sa voix. Déterminé à réaliser un album avec elle, il effectue des recherches pour enfin la retrouver à Düsseldorf. Mais rien n’est gagné, il du insister. Elle finira par accepter de le rencontrer et invitera quelques amis musiciens. Elle chante, il se souvient « …sa voix a changé, elle est plus pleine, plus mûre, le language de son âme plus claire ». Il la persuade d’enregistrer « The mother of gypsy soul », en avril 2002 et lui permet de chanter sa douleur « Ecoute maman, ma misère, ma misère. Parce que nous sommes maudits. Oh, nous sommes maudits! ».

Et voici son dernier opus, « Frozen roses », enregistré en 2004. Sevdah tzigane, blues yougoslave, un peu jazz, le tout interprété par une voix hors norme, la voix de celle qu’on surnomme aussi la « Billie Holliday » de la musique tzigane.

Décidément je suis bien romantique ces temps-ci…

A bientôt.

Anne Lecomte

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