– Chouchous 2009 ou en savoir plus pour pas grand chose

En préparant le quizz pour notre soirée Best of 2009, puisque je me faisais la porte-parole des collègues, j’ai farfouillé dans leurs  listes de chouchous, j’y ai cherché des disques avec un point d’accroche. Je me suis donc promenée dans des répertoires que je ne connaissais pas forcément très bien, ce que je cherchais c’était des musiques qui me titillaient, et je me suis dit qu’elles pouraient  peut-être intéresser le public auquel j’allais les présenter. Un public inconnu jusqu’alors, je me devais donc de proposer une écoute variée, mélangeant les genres, les styles, les localisations et les époques…Et finalement, moi, qui suis tombée dans la potion pop-rock quand j’étais petite, je me suis retrouvée devant une pile de cd’s venant de genres très différents les uns des autres… et définitivement très peu de pop !

Les recherches concernant tous ces disques ont été enrichissantes. Bon, ok,  la plupart du temps, je savais quand même plus ou moins de quoi il s’agissait, mais il y a des sujets que j’ai réellement dû approfondir, et comme  j’ai appris des petits trucs sympas,  je me suis dit que je les raconterais aussi sur le blog, soit pour ceux qui n’étaient pas là, soit au cas où le stress m’aurais fait tout oublier le soir de la présentation en live. Je vous ai fait donc la petite bafouille  que voici.

Voici le parcours commenté d’une presque novice en ces matières.

Epoque de l’année oblige, je vous propose une interprétation peu banale de Xmas melodies.
Julian Koster « The Singing Saw Christmas Time »
Il fait partie du collectif américain Elephant 6. Collectif créé en 1991, fait d’amis d’enfance – Olivia Tremor Control, Of Montreal, Neutral Milk Hotel. A part de la scie musicale, il joue aussi du banjo, de l’accordéon, de l’orgue. La scie musicale : c’est une scie égoïne qui,  frottée avec un archet produit une vibration. Vers la fin du 19ème siècle, cet outil est devenu commun avec l’industrialisation, certains y ont vu un instrument de musique, et ont eu l’envie d’en faire fabriquer dans des métaux plus respectables et les ont fait breveter. Elle est rarement utilisée en solo comme sur ce disque. Marlène Dietrich en jouait. Le musicien est un lamiste. Maintenant vous savez tout ou presque sur cet instrument clownesque.

Bach « Variations Goldberg » interprétées à la harpe.
Les variations ont été écrites par Jean-Sébastien Bach en 1741-42, à la base c’était une oeuvre pour clavicorde – pour aller vite, je dirais que c’est l’ancêtre du clavecin.  C’est une commande faite à Bach par le Comte Keyserling qui, pour la petite histoire, était insomniaque. On les appèlerait Goldberg parce que le premier interprète, qui était un élève du maître, s’appelait Johann Gotlieb Goldberg tout simplement. C’est une oeuvre complexe faite de 30 variations, qui ont été interprétées au cours des siècles avec différents instruments : piano, orgue, clavecin mais aussi trio à cordes ou bien même trio jazz. Glenn Gould, sorte d’ovni dans le monde du classique, autant par son approche des oeuvres qu’il interprétait, que par sa position dégingandée derrière son clavier, que par le fait qu’il musait tout en interprétant les musiques, toutes ces attitudes étaient à l’époque totalement nouvelles à la limite de l’inconcevable. Finalement, Glenn Gould était punk avant l’âge !
La version proposée ici par ma collègue Françoise est exécutée à la harpe. Elle avait d’ailleurs écrit tout un bel article à ce sujet.

Two Fingers
On vous a déjà souvent parlé de Two Fingers sur ce blog, alors c’est assez normal qu’il termine cette année sous mon sapin de chouchous. Two Fingers, c’est donc  Amon Tobin associé au producteur  Joe « Doubleclick » Chapman, dont j’avoue ne pas savoir grand chose – si vous avez un tuyau n’hésitez pas –  pour accompagner leurs bandes sonores ils ont invité plusieurs Mc’s (Sway, Ms. Jade, Ce’cile, Kevin Tuffy- dont je ne connais pas vraiment les parcours non plus).
Amon Tobin est brésilien et dj, il commence sa carrière dans les années nonante et immédiatement il est plus leader que suiveur dans le monde du turntablism. Il mixe jazz, hiphop, breakbeat, dr’n’bass, mais très vite il en vient à des collages, des superpositions de plus en plus personnelles. Il passe son temps à collecter des sons un peu partout, des sons d’insectes, de machines, des bruits de rue qu’il mixe avec son immense collection de vinyls. Il travaille également avec des platines tout à fait particulières. Il fait la B.O du jeu Splinter Cell, et  il a travaillé ensuite sur un projet avec le Kronos Quartet. Pff, quel homme !
Sa discographie est disponible sur le label Ninja Tune, le label anglais créé par le duo Coldcut.

Mansfield Tya « Seules au bout de 23 secondes »
Duo féminin nantais. Une instrumentation un peu particulière accompagne les textes en français ou en anglais. Chant à une ou deux voix,  voix un peu rauques, les instrus vont en général deux par deux, basse – batterie, piano – violon, harmonium – percus….. parfois un troisième instrument vient légèrement soutenir les autres, c’est la magie du studio parce que en live c’est vraiment 2 par 2, et l’atmosphère sombre a un côté enivrant,  captivant.
Le nom du duo vient non pas de Jane Mansfield, l’actrice blonde aux gros ploplos, mais de June, seconde épouse de l’écrivain Henry Miller. Elle a eu un parcours assez tragique, en vivant avec l’écrivain elle a rencontré pas mal d’écrivains et de poètes dont Anais Nin, avec qui  ils formaient d’ailleurs un triangle amoureux. June s’est également essayée à la littérature. Elle a terminé sa vie en asile psychiatrique. A voir : le film de Philip Kaufman « Henry and June »
Finalement la musique de Mansfield  colle très bien au parcours  de June.

Ramblin’ Jack Elliott « A Stranger Here »
Un album qui reprend des morceaux country blues des années de la grande dépression.
Ramblin’ Jack Elliott est originaire de Brooklyn, il est passionné par le rodéo. En suivant des cours de rodéo, il assiste à la performance d’un cowboy chantant. Et là, c’est le déclic. Il achète une guitare et prend des cours auprès de Woody Guthrie et Derroll Adams. A la fin des 50’s il fait une tournée en Angleterre, où il ramasse pas mal de succès. Son nom « Ramblin' » – errant, n’est pas dû au fait qu’il est musicien itinérant, mais parce que durant ses concerts il raconte des histoires qui passent du coq à l’âne !.
La chanson présentée est « Rising High Water Blues », écrite à l’origine par Blind Lemon Jefferson. Texte qui parle de la crue du Mississippi en 1927 causée par d’intenses chutes de pluies en 1926,. Cette catastrophe a touché 7 états, et fit 200 morts, 500 000 déplacés et 400 millions de dollars de dégats. D’autres chansons parlent du même sujet :
Back Water Blues – Bessie Smith
Tupelo – John Lee Hooker
Louisiana 1927 – Randy Newman

Mulatu Astatke & Heliocentric
Musicien éthiopien, né en 1943. Il est percussioniste de formation, notamment des congas et du vibraphone.  Il a d’abord étudié la clarinette à Londres, pour se rendre ensuite aux Etats Unis, où il rejoint entre autres, l’orchestre de Duke Ellington. Il apparaît dans la collection « Ethiopiques » – compilations de musiques ethio-jazz. Jim Jarmush a également sélectionné ses compos pour un bonne partie de la bande-son de « Broken Flower ». Aujourd’hui il se produit avec « The Heliocentrics », collectif rap anglais, qui a joué avec Dj Shadow. Leur musique prend une dimension funk jazz, psyché, avec des samples évidemment. Tout ce mélange est très riche musicalement et culturellement parlant.

Dengue Fever « Venus on Earth »
« Dengue Fever » c’est d’abord une fièvre hémorragique transmise par les moustiques dans les pays du Sud.
Mais dans ce cas-ci c’est surtout un groupe de six musiciens de Los Angeles. Ils sont attirés par le Cambodge et sa culture musicale. En visitant le pays, ils rencontrent une chanteuse de karaoké et sont séduits par sa voix. Leur premier album est fait principalement  de covers de rock cambodgien des années 60. Aujourd’hui ils en sont à leur quatrième disque , et jouent un mélange de psyché rock rétro et de variété. Et comme on trouve toujours des connections entre les musiques :  sur leur premier cd « Dengue Fever », il reprennent du Mulatu Astatke – Ethanopium.
Version que l’on retrouve aussi sur la B.O de « Broken Flowers ». Tiens donc, le monde est petit, vous pourrez donc comparer les musiques originales du musicien ethio-jazz et l’interprétation des californiens.

Art Ensemble of Chicago « Bap-Tizum »
Là, je dois faire gaffe à ne pas dire de bêtises, sinon je vais me faire massacrer la tête par tous les spécialistes !
L’Art Ensemble C’EST CULTE !
Alors, voici quelques infos très succinctes pour situer le groupe. C’est un groupe instrumental faisant partie d’une coopérative de jeunes musiciens pratiquant le free jazz -AACM. Le groupe se compose de Lester Bowie à la trompette, de Joseph Jarman et Roscoe Mitchell aux saxos, Malachi Favors Maghostut à la basse – contrebasse et aux percus et Don Moye à la batterie.
L’Art Ensemble commence sa carrière en 1967, sous forme de quartet, quelques temps plus tard ils seront quintet. De temps à autres d’autres musiciens viendront les rejoindre sur scène ou sur disque. Cecil Taylor par exemple ou Brigitte Fontaine comme vocaliste.
Au fur et à mesure, ils se mettent à étudier d’autres types d’instruments (coquillages, marimbas,balafon,cloches…)  qui sont reliés à des cultures musicales différentes qu’ils vont bien sûr intégrer dans leur free jazz. Ils revêtiront également des tenues bariolées, se peindront le visage…
Bap-tizum est un disque important dans leur discographie. C’est un enregistrement live, et même si le cd est composé de sept plages, il est conçu pour être écouté d’une traite. Ca commence par des percussions très africaines et petit à petit les cuivres et la contrebasse  vont prendre leur place, pour se diriger vers une musique de transe, ensuite viendront  quelques vocaux ou plutôt des lamentations, pour revenir vers un calme plus « jazzy ».
Bap-Tizum = baptism ?
Le baptisme est une religion de confession chrétienne très prisée par la population afro-américaine du Sud,  qui y a joué et joue encore un rôle important . Une religion qui exige un attachement à la bible et où le sacrement du baptème est donné à l’âge adulte.  Martin Luther King était baptiste.

Arnaud Cathrine et Florent Marchet « Frère Animal »
C’est leur deuxième collaboration. Déjà le premier disque « Rio Baril » était présenté sur un mode très narratif. Pour Frère Animal ils poussent la narration un peu plus loin. Régulièrement les textes n’ont qu’un très maigre support musical. Frère Animal c’est la vie d’une entreprise moderne racontée d’une voix froide et déterminée soutenue par des petits bruits ambiants, métalliques et des claviers. D’autres textes sont plus traditionnels pour la chanson française. D’autres artistes participent également à ce disque, notamment Valérie Leulliot de Autour de Lucie.
Etrangement l’aspect froid et détaché de ce disque me fait penser à « Présence Humaine » de Michel Houellebecq, ou aux films « Stupeur et Tremblements » d’Alain Corneau,  à « Violence des échanges en milieu tempéré » de Jean-Marc Moutout, ou encore à « La Méthode » de Marcelo Pineyro.

Carl Craig & Moritz Von Oswald « Recomposed »
Carl Craig – dj et producteur de Detroit, une des pierres angulaires de la techno. Hormis sa carrière de dj sous son propre nom, il a aussi sorti des cd’s sous le nom de Paperclip People, Innerzone Orchestra ou Urban Tribe, dans lesquels il prend un pseudo – C2 par exemple.
Von Oswald est un producteur et électronicien berlinois. Il a participé à différents projets dont un très étonnant album de covers en  hommage à Tony Allen – batteur et surtout  un des maîtres de l’afro-beat –   Il a sorti un disque à son nom récemment  qui se trouve dans nos chouchous également.
Ensemble ils ont recomposé le « Bolero » de Ravel et les « Tableaux d’une exposition » de Moussorgsky, deux oeuvres ultra connues du répertoire classique. Ils y ont rajouté quelques touches d’electro extrèmement bien senties et bien dosées tout en respectant les partitions originales. Le disque est paru sur le classieux et célèbrissime label classique Deutsche Grammophon.

Voilà, en espérant que vous aussi vous ayez appris quelque chose en lisant cet article.

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2 commentaires pour – Chouchous 2009 ou en savoir plus pour pas grand chose

  1. Et bien vous voyez, nous vous proposons de découvrir plein d’autres musiques ! Bienvenue…

  2. gustin dit :

    je ne connais pas ce qui est propose
    je me souviens des slade pour la noel
    et des beatles je crois a la tv avec un debut de marseillaise
    en 68 ou 69 sur all you need is love
    a + tard
    jg

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