– Les clés du rock : le label Warp vol.2 (Aphex Twin – Autechre)

Après avoir parlé des pionniers du label et des compiles, je vous propose  un tour d’horizon des artistes qui ont participé à l’histoire du label mais qui ont aussi participé de plein pied à l’avancée de la musique électronique. Je vous parlerai donc en général de leurs débuts, de leurs premiers pas.  On y trouvera de l’Ambient, de l’Electronica, de l’IDM (Intelligent Dance Music) ou Braindance ou Intelligent Techno.
Je vais tenter de vous donner les clés qui vous permettront d’ouvrir les premières portes, ce sera à vous de continuer votre chemin de découvertes. Pour chaque artiste je ne chroniquerai que peu de disques, mais sachez que pour la plupart, ils ont des discographies au-dessus de tout soupçon ! Vous pouvez les suivre sans risque.

Aphex Twin – Richard David James de son vrai nom. Son nom viendrait de « A » pour l’élément acide de ses sons, « Ph » comme la mesure d’acidité et « Twins »  vient du fait qu’il ait eu un jumeau mort-né.
Il est considéré comme un des artistes importants de la scène electro. Adolescent solitaire, il s’intéresse au son et au matériel électronique en général. Il triture des bandes, les passe à l’envers,  il en fait des enregistrements, qu’il  découpe et  remonte. Sa musique est faite de sons anxiogènes et stridents, de rythmes saccadés, de voix complètement déformées. Mais il peut aussi produire des musiques ambient. Il dévie la pratique du piano en frappant sur les cordes, il les démonte et les change de place dans leur cadre.  Ensuite il prend des cours d’électronique, qu’il abandonne très vite, pour continuer ses recherches sonores dans son coin. Il produit des disques sous différents noms, il a collaboré avec d’autres artistes de temps en temps (Squarepusher ou Michael Paradinas alias µ-ziq). Il est dans l’écurie Warp et est l’un des musiciens à avoir posé une réelle empreinte au label. Il compose aussi parfois pour d’autres labels, et a également créé le sien – Rephlex, qui a par ailleurs participé à la création de la Braindance.  Malgré une approche peu commerciale, et des concerts assez rares, quoique ces 2 dernières années, il s’est décidé à sortir de chez lui… Il rencontre d’ailleurs un très grand succès, que ce soit auprès des amateurs d’electro pure mais aussi auprès d’un plus large public, le public techno par exemple. Il confie ses clips à Chris Cunningham en général. Petits films particuliers, farfelus, bizarres qui sont des petites fictions en soi, la musique et l’image sont complémentaires l’un de l’autre.

« Selected Ambient Works Volume II » – 1994. Son premier album chez Warp.
Musique Ambient. Des nappes de synthés, des échantillons mis en boucles à l’infini ou presque,  des sonorités rêveuses, de l’écho, des petites voix, quelques percussions métalliques. Un album sur lequel il ne signale aucun titre de plages, ni son nom d’ailleurs, les titres des morceaux sont signalés par des images dans un beau petit livret au graphisme soigné.

« I Care Because You Do »- 1995. L’album commence tout en douceur, et petit à petit il attaque avec des rythmes distordus, des sons distortionnés avec toujours un retour vers l’apaisement. Et petit à petit on s’approche de « Ventolin »  un larsen qui aura marqué tout auditeur. Pour calmer une crise d’asthme, on prend du Ventolin. Il a voulu exprimer de façon sonore l’effet d’une crise. Bien angoissant. Des sons stridents. On continuera ensuite avec des sons spectraux. Pour terminer avec des titres un peu plus sereins, frôlant le dub.
Au niveau pochette, à nouveau, il joue sur son image en nous proposant un autoportrait.
Cette image déformée de lui, il nous la donne également dans ses clips, où on le voit maquillé à outrance, emperruqué, ou féminisé. Et quel que soit le déguisement, il est toujours inquiétant.

« Richard D. James Album » – 1996. Il va s’amuser à casser,  effilocher,  parasiter toute une série de très belles mélodies relativement construites, il les passe vraiment à la moulinette. C’est un album qui laisse  échapper une certaine mélancolie et même de la douceur avec des sons de synthés et des cordes à l’appui. Dans « Corn Mouth », où l’on entend des voix d’enfants énumérer une partie de leur corps, il s’amuse de l’univers enfantin et le déconstruit ou l’écorche avec talent.  « Girls/Boys Song » qui démarre avec  une belle intro de cordes sur laquelle il va joindre progressivement un beat de batterie jungle. C’est déconcertant et c’est ce qui fait surtout la beauté du morceau, et qui fait aussi la personnalité du bonhomme : il faut que ça dérape.

« Come to Daddy » – 1997. A l’époque, Aphex Twin a racheté une vieille banque, il  y vit et a emménagé son studio dans la chambre forte. Come to Daddy est entre le maxi et l’album, le titre principal est repris en 3 versions très différentes,  et il  y a aussi 5 nouveaux titres. Come to Daddy est un des titres les plus connus d’Aphex Twin tant par la musique que par son clip, réalisé par Cunningham. On y voit des petits enfants difformes qui ont tous la tête d’AFX Twin  et terrorisent les habitants d’un HLM.  L’univers enfantin est encore exploité dans le « Little Faulteroy Mix » ou dans « To Cure a Weakling Child » ou « Funny Little Man ». Avec ce disque, il entretient le bizarre et le malsain, des musiques souvent assez calmes et acides voire même pop avec des textes assez directs concernant le sexe.

« Windowlicker » – 1999. Ce single a obtenu la 16 ème place dans les charts anglais. Windowlicker – faire du lèche-vitrine –   est le terme péjoratif pour désigner un handicapé mental. Sur un beat haché, il a enregistré sa voix et celle de sa petite amie qui minaudent,  l’enchevêtrement des deux voix  donne un résultat assez érotique, et se termine dans une sorte de climax sonore.

Autechre Duo créé en 1987 par Rob Brown et Sean Booth, basé à Sheffield en Angleterre. L’intégralité de leur catalogue se trouve sur Warp. Ils ont commencé leur carrière avec une musique qualifiée d’Ambient pour petit à petit se diriger vers des univers plus exploratoires, plus expérimentaux. Thom Yorke dit toujours que c’est en écoutant Autechre qu’il s’est décidé à inclure de l’électronique au sein de Radiohead (Kid A). A leurs débuts, ils utilisaient majoritairement des synthés, des boîtes à rythmes et des samplers.  Ils disent que leur façon de faire est d’utiliser de vieilles machines avec une technologie nouvelle. Ils ont publié leur premier titre « Crystel »  sur une des compilations « Artificial Intelligence » en 1992. Que veut dire « Autechre » ? Ils répondent :  « Les 2 premières lettres étaient intentionnelles, le reste on l’a tapé au hasard sur le clavier ». Vous savez presque tout !

« Incunabula » – 1993. Leur premier album. Un des premiers albums d’IDM -pour aller vite je dirais que c’est de la musique de danse statique, cérébrale. Ils sont héritiers des musiques électroniques des 70’s, nappes de synthés aux sons un peu cheap, des phrases répétitives auxquelles ils intègrent des échantillons de sons industriels, de voix… Cet ensemble donne une musique un peu planante sans  avoir  le côté parfois mystique et illuminé des 70’s,  elle est hypnotique ou rêveuse , mais elle peut être  parfois assez percussive : « Basscadet »  ou « Doctrine ».
Incunabula = incunable : berceau en latin, premiers livres imprimés.

« Amber » – 1994. L’album avec lequel ils affirment leur talent. Nappes atmosphériques, des cordes, de longues plages planantes perturbées par des « accidents » electroniques, des glitches, d’ailleurs une plage porte ce titre. Ils utilisent des effets, de l’écho, de la  réverbération. La pochette illustre bien le contenu du cd, paysage épuré et ensoleillé, mais quand on y regarde de plus près, on y voit des courbes, des renfoncements, un peu de ciel bleu, des strates, des zones d’ombre. Un disque délicat, bien équilibré, sans temps mort, et qui délivre de nouveaux secrets à chaque écoute.

A suivre…

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3 commentaires pour – Les clés du rock : le label Warp vol.2 (Aphex Twin – Autechre)

  1. Brigitte dit :

    Chouette !

  2. brigitte dit :

    Demain peut-être ?

  3. Brigitte dit :

    Cette série est bien intéressante… à quand la suite ?

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