– Les clés du rock : le label Warp vol.3 (LFO – Plaid – Squarepusher – Black Dog)

Avant de continuer, je vais remettre les choses dans leur contexte.
Début des 80’s, Chicago, la scène techno en est à ses balbutiements, les dj’s, la techno, la house… Le temps passe et chacun y va de sa personnalité et des ses idées inventives. Ils s’amusent à déformer les voix, distortionner les sons, les passer à travers des filtres déformants….. et ils utilisent le synthé Roland TB-303 assez efficace pour donner des sons particuliers, ils changent des fréquences et des résonances, et au final ça donne des sons synthétiques passés par ce que j’appellerais un miroir déformant. Le terme Acid est bien sûr aussi lié au LSD et aux impressions sensorielles déformées que son absorption provoque. Voici deux très bons exemples des premiers titres   acid house « I’ve lost Control »  par Sleezy B (Marshall Jefferson) en 1985  « Acid Tracks »  par Phuture en 1987. Vous pourrez découvrir tout ça en détail sur la compilation « Acid : Can You Jack ? »

Fin des années 80, Margaret Thatcher est au pouvoir en Angleterre.  Elle met en place  une réglementation très sévère pour les heures d’ouverture des clubs : closing time : 2am, et pas question de déroger. Alors, les jeunes réagissent en organisant des raves : des soirées clandestines qui ont lieu dans des endroits en retrait de tout, genre usines désaffectées, champs, clairières… le lieu précis est divulgué quelques heures avant le début de la fête, les dj’s débarquent en cachette dans des camionnettes, le lightshow est aléatoire ainsi que les normes de sécurité. On est là pour faire la fête toute la nuit un point c’est tout ! C’est aussi à cette époque que les boissons énergisantes apparaissent. Suite à cette réaction, cette chère Margaret trouvera un nouveau moyen pour réprimer les fêtes : la « Criminal Justice Bill » . En gros, elle durci encore plus le ton.
Suite à la transformation de la notion de soirée, de club… il est évident que les normes musicales ont également changé. Les anglais ont bien sûr écouté leurs confrères américains, les dj’s deviennent aussi producteurs, ils embarquent des vinyles avec eux mais aussi des petites machines peu encombrantes qui permettent de triturer les sons et ensuite transformer totalement l’original, et finalement, ils en arrivent à ne plus emporter que leurs machines, leurs samplers … de façon à voyager léger. Et au final ce sont les anglais qui s’engagent de plus en plus sur le sentier de l’acid house.

LFO – Low Oscillation Frequency – Duo de Sheffield composé de Mark Bell et Gez Varley formé en 1988.
Ils composèrent un premier morceau « LFO » et le confièrent à Dj Ease alias Nightmares on Wax qui passait ce titre durant ses mix dans les soirées de Sheffield. Le titre devint populaire. Mr N.O.W mit le duo en contact avec Warp, et voilà le début d’une belle collaboration. Mark Bell a pas mal travaillé avec Bjork entre autres sur « Volta » et « Medulla »‘.

« Frequencies«  – 1991. Un album associé à la scène dance – techno – rave qui sévit en Angleterre à cette époque là. C’est tout à la fois une musique de danse avec de grosses basses tellement vrombissantes qu’ils en ont fait sauter l’ampli du studio, des nappes de claviers stellaires, des voix passées au vocoder, une bonne démonstration des sons acid.

Black Dog -A l’origine c’est un trio de producteurs anglais, Ken Downie, Andy Turner et Ed Handley, créé en 1989. Ces deux derniers quitteront la formation en 1995 pour former Plaid, dont je vous parlerai plus loin. Revenons à leurs débuts : en 1993, ils sortent leur premier album « Bytes » sous le nom de « Black Dog Productions ». En 1993,  ils publient « Temple of Transparent Balls », mais ils restent dans une certaine confidentialité. Et c’est leur troisième album qui va les consacrer.

« Spanners«  – 1994. Ce sera la troisième  sortie du trio, la meilleure.  De l’electro avec un zeste d’orient, un mélange bigarré de plusieurs genres, avec des nappes ondulantes et des percussions métalliques. Sur cet album, il y a un beat down tempo assez marqué. Ils jouent sur l’effet stéréo, assez remarquable quand on écoute le disque au casque.

Plaid – Après avoir quitté Black Dog,  Andy Turner et Ed Handley ont formé Plaid dont le premier album sort en 1991, « Mbuki Mvuki »  n’existe qu’en vinyle sur le label Black Dog Productions, mais on peut trouver sa trace sur « Trainer » , une compilation de leurs premiers titres.

« Not for Threes » – 1997. Leur première « vraie » sortie Warp. Ils y ont invité Leila, Nicolette et Bjork. L’album s’ouvre sur un morceau assez percussif  « Abla Eedio » fait de hauts et de bas, on se sent un peu à dos de chameau. « Myopia » avec un accompagnement de steel drums synthétiques, « Extork »  avec sons saturés, des percus métalliques et un beat techno…Il n’y a rien à jeter dans ce disque. Botox inutile !

« Rest Proof Clockwork » – 1999.  Autre disque, autre sonorité : dès la première plage « Shackbu ». Il y a  un petit côté acid jazz dans les claviers et des scratches, ces notions vont s’accentuer au fil de l’album. C’est un album instrumental, plus lumineux que Not for Threes, certaines plages démarrent en comptines qui très vite seront déconstruites ou parasitées par des rythmes tordus,  on y trouve aussi des synthés kitsch comme  dans « Dang Spot » .

Squarepusher Alias Thomas Jenkinson, il a une formation de bassiste et batteur. Il grandi baigné dans un environnement musical, son père étant batteur, celui-ci l’a initié au jazz, il connait donc bien les musiques des Miles Davis, Charlie Parker, Art Blakey … Il découvre les musiques électroniques par lui-même. Il explore ses assemblages et leurs multiples influences. Il y met sa touche personnelle : un mix de breakbeat, de jazz fusion et de jungle. Son premier album « Feed me Weird Things » sort en 1996 chez Rephlex, label fondé par Aphex Twin.


encore une réalisation de Chris Cunningham.

« Port Rhombus » – 1996. Un de ses premiers maxis. Un beat de batterie ultra rapide, des nappes de clavier, quelques accords de guitare et de la basse assez jazz en arrière fond. Voici en gros le fond de commerce de cette première sortie.

« Hard Normal Daddy » – 1997. Quelques mois plus tard, il sort cet album. Une basse fusion jazz funky bien sentie, des claviers à la « Shaft »   et une batterie survoltée. Ce disque est le point d’intersection de plusieurs genres. : drum’n’bass, funk, electro, c’est une musique plutôt épileptique qui est difficile à écouter dans un fauteuil ! Il est ami avec Aphex Twin et ça s’entend dans leurs musiques:  il est clair qu’ils tentent tous les deux de combiner recherche sonore et musique qui fait danser toute la nuit !

« Go Plastic » – 2001. L’album s’ouvre sur le tubesque « My Red Hot Car ». Cet album se tourne vers l’abstract hip hop, le breakbeat et lorgne aussi vers la techno hardcore. Il utilise des effets, de la réverb, des feedbacks…. enfin bref ,toutes les déformations de sons qui lui sont offertes par ses machines sont utilisées. On passe de moments relativement calmes à des moments très bruitistes sans avoir très bien cerné où fini l’un et où commence l’autre. Amateurs de lounge s’abstenir.

« Hello Everything » – 2006. Un album qui amorce un virage dans sa carrière. Ici, il met vraiment en pratique son amour et son intérêt pour les instruments « classiques en général »  basse, guitare, ou batterie. Album beaucoup moins déconstruit, moins dissonant que les précédents. Il en ressort un mélange de jazz et de funk. Et même s’il n’abandonne pas du tout ses explorations sonores électroniques voir « Vacuum Garden » , on peut qualifier cet album de posé.

A suivre…

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