– Les clés du rock : le label Warp vol.4 (Boards of Canada – Sabres of Paradise, Two Lone Swordsmen)

Et voici le quatrième et dernier volet de la saga « Warp »
Le monde de la musique électronique aime s’entourer de mystère et d’anonymat. Les artistes changent perpétuellement de nom, prennent des noms d’emprunts – certains en ont une dizaine ! – les pochettes sont avares de renseignements et sur scène, les concerts se passent souvent dans l’obscurité, le ou les artistes sont planqués derrière une table sur laquelle sont posés des machines, des séquenceurs, des samplers et aujourd’hui des laptops. Au final, le public ne sait plus très bien comment ces musiques sont fabriquées, ni à quel moment. Et c’est là que les Boards of Canada sont assez champions du « camouflage », ils ne font pas d’apparitions publiques ou médiatiques  – ni concerts ni interviews, ou si peu.

Boards of Canada – Duo écossais de musique électronique composé des deux frères Sandison,  Michael et Marcus Eoin. Ils ont réalisé une bonne poignée d’albums sortis sur les labels Skam et Warp. Ils mettront des années à avouer leur fratrie. On dit que le début de leurs travaux se situerait au milieu des 80’s, et il paraîtrait qu’il existe des heures de bandes jamais commercialisées que le duo garde jalousement.  Musique atmosphérique  et mélodique, ils utilisent des sons glanés çà et là – rires d’enfants, bruits de foule– ils y mêlent des échantillons de B.O de documentaires animaliers. Cet amalgame donne un musique relativement calme et apaisée. C’est cela qui a fait leur succès puisqu’ils sont parvenus à émouvoir les amateurs d’électro mais aussi un public qui était allergique aux musiques portant l’appellation « electro ou  techno »

« Music Has the Right to Children » – 1998. Leur premier opus sur Warp. C’est avec cet album qu’ils se sont fait connaître et apprécier. Comme dit dans le titre : des musiques dédiées à l’enfance. Des samples de voix enfantines, des mélodies pour la plupart assez lumineuses. C’est un disque à écouter  au casque par exemple, pour profiter vraiment de toutes les superpositions de couches qu’ils se sont amusés à faire. Un disque captivant avec  des sons trafiqués dont  on cherche l’origine, une boucle qui en amène une autre, et mine de rien sans s’en rendre compte on a fait tout un voyage auditif.

Geogaddi – 2002. D’après les fans avertis, il s’agirait ici d’un album influencé par la logique mathématique, par les théories de la  physique quantique et la théorie du chaos. De plus ce disque à une durée de 66 minutes 6 secondes soit comme chacun sait : le chiffre de la bête. Je ne tiendrai pas compte de ce blabla puisque basé sur des si et des peut-être. Pour moi, c’est tout simplement encore un bel album du duo, certainement plus obscur et plus oppressant que le précédent, mais toujours sur le principe des couches sonores, de strates, avec une vaste collection d’échantillons tenant les uns aux autres grâce à une toile créée par BOC.

The Campfire Headphase – 2005. Pour la première fois, on reconnaît vraiment les samples d’instruments dans leurs bricolages, guitare, basse ,batterie, piano violon. De ce fait cet album a un ton plus pop dirais-je. Les arrangements sont beaucoup moins complexes.

The Sabres of Paradise – Trio composé de Andrew Weatherall, et de  Jagz Kooner et Gary Burns – 2 ingés son. Ils sortiront trois albums instrumentaux originaux plus un remix. Le personnage le plus marquant du trio est Andrew Weatherall. Journaliste de formation, il se lance d’abord dans les remixes, entre autres « Hallelujah » des Happy Mondays ou « World in Motion » de New Order, et de cette façon, il pénètre le monde du clubbing anglais, l‘Hacienda en l’occurrence,  située à Manchester  (une ville industrielle sinistrée – tout comme Sheffield). Il est un des pionniers de l’acid house en Angleterre. En 1991, il s’attaque à la production de l’album « Screamadelica »   de Primal Scream, et grâce à sa « golden touch »  cet album va faire péter les plafonds des charts anglais. Il a ajouté un son dance à un groupe de rock traditionnel. Finalement c’est en 1993, que le trio Sabres of Paradise est formé, hormis leurs activités musicales, ils organiseront aussi des raves « Sabresonic » dans des entrepôts.  Et parallèlement, Weatherall producteur-remixeur continuera son travail avec Bjork, Beth Orton, The Orb, Saint Etienne…

« Sabresonic » – 1993. Un album instrumental,  et vous l’aurez certainement compris en ayant lu leur présentation que cette formation est très inspirée par la scène dance, la musique clubbing, mais aussi par le dub, qu’ils font intervenir comme des points de suspension tout au long de l’album.

« Haunted Dancehall » – 1994. Dès la première plage, on entend une très nette différence avec ce nouvel album. Même si « Sabresonic » était un très bon album qui tentait quelques incartades vers la nouveauté et l’inédit en matière de clubbing et de dance, on était loin de « Haunted Dancehall » . D’ouverture on tombe sur « Bubble and Slide » avec des percussions métalliques crissantes sur un rythme chaloupé. « Duke of Earlsfield » avec une grosse réverb’ dub sur la batterie, une bonne basse et des frisottis au xylophone. « Planet D » sorte d’ambient dub et puis il y a « Wilmot », aaah, Wilmot, ça c’est quelque chose ! Reprise du calypso  « Black but Sweet » de l’artiste  Wilmoth Houdini  » auquel ils ont ajouté un soupçon de dub. C’est dansant, chaloupant et sensuel. Et on enchaine avec les sirènes du cinématique de « Tow Truck ». La salle de bal hantée porte bien son  nom.

Two Lone Swordsmen -1995. La réunion de Andrew Weatherall (encore lui) et Keith Tenniswood alias Radioactive Man.  Ils produisent certains disques sur leur propre label, d’autres sont sur Warp.

« Stay Down » – 1998.  Le duo se rapproche méchamment de l’electro,  de l’ambient dub. « Ivy and Lead » par exemple, commence avec les scratches empruntés au trip hop, ensuite au loin, viennent des sons inquiétants  et puis survient une petite mélodie digne d’une comptine pour enfants, on se croirait dans « M le Maudit« – film de Fritz Lang.  D’autres titres comme « No Red Spotting » sont un peu dansants. On pourrait dire que ce disque est un tout bon exemple de down tempo.

« Tiny Reminders » – 2000. Ils adoptent un nouveau tournant avec cet album. Le ton se durci, les BPM augmentent, quelques distorsions font leurs apparitions,  mais l’ensemble reste généralement groovy. Nous approchons à nouveau de la dance mais plutôt la static dancing, comme on peut également trouver dans la foisonnante scène berlinoise.  Où est la poule et où est l’oeuf ?

« A Virus With Shoes » – 1999.  Le disque d’entre-deux. On y trouve de la down tempo saupoudrée de petits accidents scratchis. Quelques glitches que l’on entend typiquement chez Autechre ou Aphex Twins ont émigré vers ce disque qui est  intéressant pour cette raison.

Voilà c’est fini, vous pouvez voler de vos propres ailes et picorer dans la collection Warp comme bon vous semble et en connaissance de cause.

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