– Bifff, au jour… la nuit (9) : vendredi 16 avril 2010

Ce matin, je me suis violemment disputée avec Morphée … elle ne voulait pas me lâcher ! S’en est suivi une longue discussion « Laisse moi partir, je dois aller travailler. Et ce soir, je dois aussi aller au Bifff » ! Ce fut dur mais j’y suis arrivée. Je l’ai massacrée à grands coups de tasses de café, de cake au chocolat et je l’ai vue s’enfuir au loin. J’espère juste qu’elle ne va pas se tenir en embuscade et me sauter dessus en pleine projection, il faut dire que même les fauteuils préhistoriques du Bifff et l’obscurité de la salle ont vite fait de m’entrainer dans une petite sieste réparatrice.

Et ce soir, c’est justement « repos », avec un seul film à mon planning. En fait, je devrais dire un film et demi puisque je me suis glissée, tel un ninja secret, en plein milieu de la projection du film de 18h : Glenn 3948 de Marc Goldstein, une réalisation belge au casting international (le film est d’ailleurs parlé en anglais), une histoire de pianistes qui se disputent et un robot qui joue du piano. De ce que j’en ai vu (un bon ¾), un seul mot me vient à l’esprit : ridicule…

Par contre j’attends beaucoup du film de 20h : Michael Winterbottom, Casey Affleck, et Jim Thompson, c’est déjà selon moi un tiercé gagnant.

The Killer inside me (2009) de Michael Winterbottom

Pas d’invités pour présenter ce film, pourtant j’aurais beaucoup aimé voir sur scène Casey Affleck ou encore Simon Baker ;) mais nous devrons donc nous contenter du présentateur Stéphane qui, vu la fatigue accumulée, n’arrive même plus à faire de mauvais jeux de mots…

Central City (Texas). L’adjoint du shérif, Lou Ford, est à priori un garçon charmant, calme et sans histoire, en passe de se marier avec sa compagne Amy. Pourtant, il vient d’entamer une relation violente et passionnelle avec Joyce, une prostituée qui doit bientôt quitter le territoire. Il faut dire que dans ce genre d’endroit, on n’aime pas trop les histoires, surtout lorsque Elmer, le fils du millionnaire local, Chester Conway, est justement tombé amoureux de cette même prostituée… Du coup, c’est Lou qui se voit obligé de conduire Joyce à la frontière. C’est alors qu’il décide de la tuer et de monter un scénario impliquant le fils Conway.

A partir de ce moment, Lou Ford ne répond plus de ses actes et l’on découvre que le gentil adjoint du shérif est en fait un dangereux psychopathe.

Dans son ensemble, « The Killer inside me » apparait comme un film lent, calme et posé, et en complet décalage avec les deux scènes ultra-violentes qui ont d’ailleurs déjà fait la réputation de ce film auprès des âmes sensibles et des associations de protection des femmes battues… Je repensais à  «Elephant » et « Paranoid Park » de Gus Van Sant qui a également choisi de traiter un moment dramatique en imprimant à l’ensemble de l’histoire une lenteur, un calme apparent et en totale contradiction avec ce que ce genre d’événement devrait provoquer. Inutile de crier ou de courir dans tous les sens, et lorsque l’on voit Lou Ford fumer calmement un cigare allongé sur son lit, alors que l’on vient lui annoncer que ses meurtres ont été dévoilés, le portrait de ce psychopathe en devient encore plus dérangeant.

J’allais presque oublier de dire que « The Killer inside me » est une adaptation d’un roman de Jim Thompson, célèbre auteur américain qui a signé quelques chefs d’œuvres de polar noir. Ce film est une parfaite incursion dans l’univers sombre et glauque de cet écrivain. Après avoir vu ce film, vous aurez probablement la même sensation désagréable que l’on ressent lorsque l’on vient de terminer un roman de Jim Thompson. Je n’ai pas lu « le démon dans ma peau » mais j’ai par contre expérimenté d’autres de ces romans, dont le légendaire « 1275 âmes » – adapté soit dit en passant au cinéma par Bertrand Tavernier sous le titre « Coup de torchon » – qui n’est pas sans rappeler quelques similitudes avec ce shérif tueur dégénéré.

Pour ma part, cette adaptation est une réussite et ne fait que renforcer mon enthousiasme par rapport à la filmographie très éclectique de ce réalisateur anglais : depuis « Wonderland » portrait magnifique et semi-documentaire de la société londonienne au travers d’une famille ; « 24 hour party people » biographie de Tony Wilson, fondateur du label mythique Factory Records ; « In this world » périple difficile d’un jeune garçon prêt à tout pour s’exiler illégalement depuis le Pakistan jusqu’à Londres ; « Code 46 » superbe histoire d’amour futuriste et impossible ; jusqu’au délirant  « Tournage dans un jardin anglais », Michael Winterbottom reste pour moi une référence.

Présenté au Festival Sundance 2010, « The Killer inside me » s’est attiré les foudres d’une bonne partie des spectateurs qui ont carrément quitté la salle après la première scène très violente dans laquelle Jessica Alba se fait littéralement démonter la figure.

Petite remarque en passant, j’aimerais juste dire deux mots à la personne qui a eu l’extrême mauvaise idée d’apporter dans la salle une corne de brume. Ce monsieur a probablement cru qu’il s’agissait de la nuit des publivores, mais ce serait bien gentil de laisser cet engin au vestiaire la prochaine fois…

Quelques adaptations de romans de Jim Thompson au cinéma :

Série noire Alain Corneau (1979)

Coup de torchon Bertrand Tavernier (1981)

Les Arnaqueurs Stephen Frears (1991)

Guet-apens Sam Peckinpah (1972)

Liens secrets Michael Oblowitz (1996)

Brigitte Segers

Publicités

A propos La média de bxl

La médiathèque de Bruxelles Centre : un repaire de découvertes et de passions. Nous aimons les musiques, les films, le multimédia. dans tous les genres, tous les courants. A la recherche de titres précis ou envie de découvertes ? Nous vous proposons plus de 100.000 titres musicaux et audiovisuels en accès direct, ainsi que des sélections ciblées. La médiathèque, c’est cinquante ans d’histoires culturelles enrichies au quotidien par des mélomanes et cinéphiles rodés au défrichage de répertoires et tendances sans cesse renouvelées. Bienvenue !
Cet article, publié dans Bifff, Brigitte Segers, Cinéma (fiction), est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s