– Orphée, Résonances d’un Mythe (1)

"Orphée"

Le mythe d’Orphée est à la source de l’histoire de l’opéra. Poète et musicien, Orphée incarne le pouvoir de la musique et des mots. Fils du roi Oesagre et de la muse Calliope, il fut  un des Argonautes qui accompagnèrent Jason en quête de la Toison d’Or. Orphée reçut une lyre d’Apollon et en jouait avec un talent si extraordinaire que sa musique et son chant charmaient les animaux sauvages, les êtres inanimés, les hommes et même les dieux. Lorsque son épouse Eurydice meurt, mordue par un serpent, Orphée ayant charmé Cerbère, pénètre aux enfers. Hadès accepte de lui rendre Eurydice à la condition qu’il ne se retourne jamais pour regarder son épouse tout au long du chemin du retour vers le monde des vivants. Orphée, doutant de la parole d’Hadès ne peut respecter cette condition et se retourne trop tôt vers son épouse, la perdant ainsi à jamais. Le mythe fait d’Orphée un lien entre le monde des ténèbres et le monde des hommes, entre la vie et la mort, héros tragique capable de guider  les âmes dans les mondes obscurs. Son chant n’est-il que fiction et son pouvoir qu’illusion? La question fut posée par Platon. Orphée inspira Ovide dans Les Métamorphoses, Virgile dans Les Géorgiques, Dante dans La Divine Comédie et de l’antiquité jusqu’à nos jours, tant d’artistes, d’intellectuels, peintres, poètes, compositeurs, cinéastes, écrivains, philosophes…

Nous vous invitons à découvrir les résonances du mythe dans l’histoire de la musique dite « classique » par une sélection d’oeuvres que nous vous présentons dans notre rayon Suggestion Classique et à en suivre les commentaires en quelques épisodes sur ce blog. Nous vous recommandons vivement la lecture des livrets qui accompagnent les cd’s, souvent sources précieuses et érudites de l’histoire du mythe et de ses interprétations et sur lesquels nous nous sommes solidement appuyés pour découvrir la passionante évolution du mythe qui se confond avec la naisance et l’évolution de l’opéra baroque italien pour parvenir jusqu’à nos jours, portée par de nombreux compositeurs.

 

"poliziano"Angelo Poliziano – La Fabula di Orpheo

L’œuvre de Poliziano marque sans doute la naissance ou l’origine de l’opéra et donc peut être considéré comme le premier opéra même s’il n’est encore qu’une « fabula in musica », c’est à dire une pièce de théâtre composée d’intermèdes de musiques et de danses qui s’inspiraient des représentations mythologiques et des scènes de la tragédie grecque.

Le poète-chanteur exerçait tout un art de la parole et de l’interprétation et probablement de l’improvisation entre récitation, mélodie et expression des affetti, suivant toutes les nuances poétiques du texte.

Angelo Poliziano (1454-1494) était lié aux Médicis et fut le poète, érudit, du cercle de Laurent le Magnifique dont il fut aussi le secrétaire et le précepteur des enfants. Dans sa cour, il rencontre poètes, musiciens, artistes, philosophes dont Pic de la Mirandole avec lequel il nouera une belle amitié. Poète, humaniste, il parlait le latin et le grec. Son Orphée parvient à sortir Eurydice des enfers mais il n’échappera pas à sa fin tragique.

Extrait par la COMPAGNIA DELL’ORPHEO Ensemble instrumental et vocal, Francis BIGGI réf: AP 6861

Jacopo Peri 1561-1633 – Euridice

Organiste, compositeur, chanteur, réputé pour l’expression raffinée de ses textes et de ses accompagnements musicaux, Jacopo Peri fréquentait à Florence, la Camerata Bardi, cénacle d’intellectuels réunis autour du Comte Bardi, qui parlaient de poésie, de musique, de philosophie…

Peri participe avec les artistes de la Camerata aux recherches sur le « stilo nuevo », le « drama per musica » en « stilo rappresentativo » l’art de composer une mélodie sous forme de récitatif, associant un texte poétique à une ligne monodique vocale et un accompagnement instrumental. Cette nouvelle forme qui se détache de la composition polyphonique du « stilo antico » pose les fondements de l’opéra.

La Camera puise son inspiration dans la mythologie greco-romaine. Les « drama » sont créés sur le modèle du drame antique et Orphée en représente un idéal esthétique et humain. Peri rencontre le poète Rinuccini chez le comte Bardi et partagera avec lui une longue période de création poétique et musicale. Euridice sera leur deuxième collaboration.

Euridice fut donnée pour la première fois en Octobre 1600 à Florence à l’occasion des festivités données pour le mariage de Marie de Medicis avec Henri IV. Elle fut suivie la même année par celle de Caccini et dans cette reprise du thème, Peri tenait le rôle d’Orphée.

Extrait par Anibal CETRANGOLO Chef d’orchestre, Luca DORDOLO Ténor, Sylva POZZER Soprano, CORO DE COMPAGNIA DEI FEBI ARMONICI, ENSEMBLE ALBALONGA Ensemble instrumental réf: BP 4225

 

Giulio Caccini 1551-1618 L’Euridice

Chanteur et musicien réputé attaché à la cour de Florence, Giulio Caccini fréquentait, comme Jacopo Peri et le poète Rinuccini, la Camerata Bardi, cénacle d’intellectuels et d’artistes réunis autour du Comte Bardi. Caccini enseignait et édita un traité de chant. Il participa aux recherches des artistes de la Camerata sur l’art de l’expressivité théâtrale et de la mise en scène de la musique, celle-ci devant servir le texte, amplifier l’émotion exprimée par les mots.

Giulio Caccini contribua à l’Euridice de Jacopo Peri et Rinuccini en écrivant certains passages mais il composa sa propre version de l’Euridice sur le même livret de Rinuccini et la fit publier avant que celle de Peri ne le soit. Son œuvre ne fut cependant représentée qu’en 1602, un après celle de Peri.

Extrait par Nicolas ACHTEN Baryton [voix], Théorbe, Clavecin, Harpe, Direction, Céline VIESLET Soprano, Magid EL BUSHRA Contre-ténor, Marie de ROY Soprano, Laurence RENSON Mezzo-soprano, Reinoud VAN MECHELEN Ténor, Olivier BERTEN Baryton [voix], SCHERZI MUSICALI Ensemble instrumental et vocal  réf: AC 0617

 

Claudio Monteverdi 1567-1643 Orfeo

L’Orfeo de Claudio Monteverdi est né au sein de  « l’Accademia degli Invaghiti », cénacle d’intellectuels, à la cour de François de Gonzague, prince de Mantoue. La première représentation eut lieu en février de l’an 1607. L’Orfeo, sur un livret du poète Alessandro Striggio, fut la première pièce dramatique, fidèle aux règles de la tragédie grecque, entièrement mise en musique. C’est une œuvre d’expérimentation, à situer dans le cours du développement des débats académiques et des idées esthétiques de l’époque concernant le théâtre, la littérature, la poésie, la musique, et liée à une tradition de spectacles de cour. Dans l’Orfeo, la partition est valeur poétique, les personnages « parlent en musique », la musique est liée aux mots mais en devient leur expression.

Elle devient même personnage et s’adresse au spectateur afin de le guider dans la compréhension de l’œuvre. L’opéra est pensé par Claudio Monteverdi afin d’exploiter la valeur de chaque élément esthétique, musical, poétique, et de mener l’ensemble dans l’harmonie de l’œuvre. Une instrumentation riche et une composition musicale très diversifiée offre de nombreuses possibilités à l’expression poétique et aux caractères spécifiques de chaque scène. La partition laisse aux interprètes une grande liberté d’exécution. Son interprétation à l’heure actuelle requiert l’étude de documents concernant les pratiques musicales de l’époque. L’Orfeo est un des chefs-d’œuvre de l’histoire de la musique.

Extrait par Gabriel GARRIDO Direction, Flûte, Maria Cristina KIEHR Soprano, Victor TORRES Baryton [voix], Adriana FERNANDEZ Soprano, Gloria BANDITELLI Mezzo-soprano, Antonio ABETE Basse [voix], Roberta INVERNIZZI Soprano, Gerd TÜRK Ténor, CORO ANTONIO IL VERSO, ENSEMBLE ELYMA Ensemble instrumental et vocal. Réf BM 7153

A suivre …

Françoise Vandenwouwer, Philippe Cantaert


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