– Yodel… vous avez dit yodel? (Fin)

Et nous voici au troisième volet de cette trilogie yodelienne avec Erika Stucky. Il y a beaucoup à dire sur Erika Stucky, elle est tellement … toujours plus … que nous ne nous contenterons que de la face yodel d’Erika.

Même à l’age de l’éclectisme, Erika Stucky sort du commun, en tournant le dos aux conventions musicales. La suisse-américaine a trouvé un style très personnel. Comme je le laissais entendre plus haut, chez elle tout déborde y compris la fantaisie. Elle est comédienne, chanteuse et musicienne, ce qui montre une approche du yodel sensiblement différente, nous dirons qu’elle est plus « rock’n roll ».

Et voici une démonstration de sa fantaisie…

Née en Californie de parents suisses, elle se nourrit de Dean Martin, Janis Joplin et d’un yodel folklorique, tout en collectionnant des images d’Epinal et des paysages de cartes postales de la Suisse.

Déjà toute petite, elle voulait être chanteuse et danseuse de hula-hoop. Alors qu’elle avait 10 ans, ses parents décident de rentrer en Suisse. Erika était aux anges en Suisse, c’était un vrai « Heidi-land » grandeur nature. Alors que l’austérité liée à la tradition en refroidissait plus d’un, elle, ça l’émerveillait. Elle le dit d’ailleurs très bien : « Cette mentalité silencieuse et bourrue m’a fait comprendre le yodel. Il y a de la douleur et de la nostalgie dans ce chant, qui n’est pas fait pour divertir, mais pour pleurer ou se consoler. Je dis toujours que le yodel, c’est un peu le blues de la Suisse. »

Sa rencontre avec le yodel viendra lors de ses collaboration avec les jazzmen George Gruntz et Hanz Kennel. C’est avec le quartet « Bubble-Town » qu’elle fonde en 1991, qu’elle laisse s’exprimer sa « schizophrénie culturelle », dixit Erika. Elle fondera son trio « Bubble & Bones » en 97. Aujourd’hui, le yodel hante plus que jamais son répertoire comme le démontre son dernier album, Suicidal Yodels.

Erika jure pourtant qu’elle ne pratiquera pas à 100%  le yodel, même si spirituellement il y a quelque chose de primal dans ce chant qui vous met dans un drôle d’état. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle éprouve le besoin de glisser un peu de Britney Spears entre deux yodels ou encore un Elvis Presley…

Sinon, Erika pète un peu les plombs…

Et si vous en voulez encore, je vous invite à visionner « Heimatklänge » de Stefan Schwietert, film documentaire consacré au yodel, sa pratique, ses coutumes et ses trémolos patriotiques. Extraordinaire, il livre une nouvelle vision qui va à l’encontre de tous les clichés ringards et connotés qui collent au yodel… Il donne à voir, entendre et ressentir les émotions du yodel primitif, ce chant archaïque des Alpes.

Nous suivons trois artistes que nous connaissons déjà puisqu’il s’agit de Noldi Alder, Christian Zehnder et Erika Stucky, qui retournent aux sources de ce chant pour se le réapproprier et le confronter à leur univers. C’est un hymne à la voix humaine, au retour à une culture primitive de l’homme dans la nature de ses racines. Tout ceci avec juste ce qu’il faut d’humour…

Et pour terminer, je vous cite encore deux artistes.

La suissesse Christine Lauterburg mêle jazz et folklore, blues-rock et chansons traditionnelles, elle a marié son accordéon au cor des Alpes. En 1994, en Heidi postindustrielle, son accordéon en bandoulière, elle sort « Echo der Zeit« . Musique résolument techno que l’on peut qualifier de pop, destinée au succès commercial sur les ondes suisses. On s’éloigne de la tradition et du folklore. Il y a eu d’autres albums, seule ou en collaboration avec d’autres artistes depuis, qui se rapprochent parfois plus de la tradition, mais qui restent dans la même veine…

Il y a aussi Hubert Von Goisern qui part en tournée avec sa péniche à travers l’Europe… Mais, si vous désirez en savoir plus sur Hubert, je vous renvoie vers cet article qui en parle déjà.

Nous voici arrivés à la fin de cette trilogie. Si vous aviez loupé les deux premiers articles, voici les liens 1 et 2

Et si la curiosité vous pousse a en vouloir encore plus, voici un billet sur le yodel en Corée.

Pour ma part, je vous quitte, je m’en vais yodeler sous la douche. Là, je ne prend pas beaucoup de risques…

A bientôt.

Anne Lecomte

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