– La musique psychédélique : une naissance populaire

La découverte de la musique psychédélique a été la plus naturelle de ma vie. Plus logique, plus humaine, c’était pour moi LA musique de l’humanité ! Pourquoi me direz-vous ? Cette musique est souvent associée aux hippies et autres drogués mous du cerveau. Parce que cette musique touche là où il faut. Et sans doute parce que j’ai eu la chance de la découvrir avec cet album, le premier du groupe Pink Floyd : « The Piper At The Gates of Dawn ».

Les arrangements et surtout la voix de leur premier leader, Syd Barrett, sont plus que prenants, ils bouleversent ! Figure mythique qui, malgré le fait qu’il est disparu de la scène aussi vite qu’il y était monté, a emballé la curiosité de ses fans jusqu’à sa récente mort. Pour en savoir plus sur ce personnage, je vous conseillerais la lecture de « Syd Barrett, le diamant noir » aux éditions Camion Blanc.

Mais revenons à cette musique psychédélique. Elle fortement liée selon moi à la révolution musicale qui est survenue à la fin des années 60. Révolution qui a permis de réduire le fossé entre l’élite musicale (composée principalement de jazz et de musique classique) et les fanfares des classes populaires. Il suffit de penser à « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles…

En Angleterre se préparent des projets musicaux qui vont révolutionner notre manière de penser la musique. Les Beatles en ont assez de leurs tournées (la Beatlemania) et décident d’expérimenter en studio. Les Pink Floyd se préparent à débarquer sur la scène underground londonienne. Le groupe Genesis va lui aussi faire partie de cette vague nouvelle qui saccage les mœurs britanniques.

De l’autre côté de l’Atlantique, à Los Angeles en Californie, un groupe mystique commence à faire parler de lui, les Doors. Beaucoup moins connu du grand public, au même endroit, un des meilleurs groupes psychédéliques, The Seeds, fait son apparition. À San Francisco, un autre groupe, influencé par un de ses contemporains « The Lovin’ Spoonful », va émerger lui aussi, il s’appelle Jefferson Airplane. Un autre groupe influent de ce courant est Grateful Dead, lui aussi basé à San Francisco. Ce n’est qu’avec leur troisième album, « Aoxomoxoa » sorti le 20 juin 1969, qu’il rentre vraiment dans le courant psychédélique avec le morceau transe « What’s Become of the Baby ».

Voilà pour la liste complète… Néanmoins, je voudrais quand même signaler l’impact qu’a eu Jimi Hendrix dans cette période musicale. Ne faisant pas partie intégrante du courant psychédélique, il est néanmoins un de ses acteurs. Révolutionnant le jeu guitaristique de l’époque par sa créativité sans limite, il a marqué ses contemporains et en est devenu une icône bien réelle ! Il a, par ailleurs, joué en tournée avec les Pink Floyd, ce qui profitait surtout à ce moment-là aux Britanniques… En outre, je n’ai pas mentionné les Rolling Stones car avant d’être plus populaires ils tiraient leurs inspirations musicales essentiellement du blues. Pour ensuite tirer le filon « pop » qu’avaient créé les Beatles. Insuffisant selon moi pour les mettre dans ce courant musicale.

Voilà notre base de groupes qui vont lancer cette nouvelle vague, le psychédélisme. Mais qu’est-ce que le psychédélisme ? Etymologiquement, ce mot vient du grec, ψυχη = psyche, âme et δηλειν = dẽlein, visible, clair, signifiant « révélateur de l’âme ». Socialement parlant, c’est un mouvement de contre-culture apparu dans le milieu des années 60, valorisant les perceptions sensorielles des drogues hallucinogènes et psychotropes, comme le LSD ou les champignons hallucinogènes. Musicalement parlant, le psychédélisme est un tout et rien à la fois! Il est ce qui relie tout ces groupes voulant aller plus loin dans la recherche musicale. Cassant les barrières conventionnelles de la musique par l’apparition de sonorités dissonantes, de rythmiques tribales et folkloriques, de réverbération exagérées et d’échos, pour se laisser aller dans la structure musicale avec des breaks interminables qui font voyager l’auditeur dans l’espace et le temps. Et quel meilleur exemple pour vous faire découvrir cette folie que le morceau « Interstellar Overdrive » des Pink Floyd. Un morceau de leur tout premier album !

Cette nouvelle vague va toucher tout les arts ! Les premiers montages de films transes en couleur à l’aide de kaléidoscopes vont accompagner leurs premiers concerts. Concerts qui se jouaient dans des lieux devenus cultes pour la quantité de drogues ingérées, pour la liberté sexuelle, et à la fois, pour tout le chaos de l’incompréhension des auditeurs. Concerts qui se terminaient en orgie, carnage des sens par l’abus du LSD et des autres drogues psychotropes. L’UFO club est un de ses endroits où les Pink Floyd ont commencé à se montrer.

De gauche à droite, Roger Waters, Nick Mason, Syd Barrett et Richard Wright

« Pink Floyd London 1966/67 », un DVD avec des chansons live dans ce club, des interviews d’époque, etc. En 1966, les Pink Floyd débarquent donc sur la scène londonienne. Mené par le mystique Syd Barrett, c’est lui qui sera le principal responsable de l’envolée des Pink Floyd. Syd Barrett, génie enfantin, on retrouve dans sa musique des airs de berceuses et de carillons. Des airs d’enfants donc! Leur morceau « Bike » en est le meilleur exemple. Ensuite, des morceaux transes tels que « Chapter 24 » ou « Matilda Mother », qui rappellent des airs quasi moyenâgeux. Et bien sûr, de nouvelles expérimentations vocales et rythmiques, comme dans « Pow R. Toc H. » et « Take Up Thy Stethoscope and Walk ». Mentionné plus haut, « Interstellar Overdrive » est LE morceau psychédélique. Dissonances, rupture rythmique, voyage de l’esprit par le biais de leurs instruments. Et tout ce beau monde se retrouve déjà sur leur tout premier album sorti le 5 août 1967, « The Piper At The Gates Of Dawn » par EMI. Album qui a fait succès en Angleterre mais pas aux Etats-Unis. Album réédité pour notre plus grand plaisir en 2007 (pour les 40 ans) en un coffret comprenant l’album original en mono et stéréo et un troisième disque reprenant des singles et rarities de l’époque.

Par la suite, Syd Barrett, fatigué par l’abus du LSD, de la pression du groupe et de ses tournées, laissera sa place à David Gilmour. Le morceau « Jugband Blues » est le parfait exemple pour démontrer l’état de Syd, complètement décalé de la réalité et des autres membres du groupe. Quelques singles comme « Arnold Layne » ou « See Emily Play », composés par Barrett, font partie de l’album compile « Relics » sorti le 14 mai 1971. Finalement, Syd Barrett n’arrêtera pas totalement sa carrière musicale. Il sortira plusieurs albums – singles en solo dont « Barrett » et « The Madcap Laughs » en 1969. Avec des morceaux sympathiques tels que « Gigolo Aunt » et « Terrapin ». Des albums qui reviennent plus sur le blues, un savant mélange de blues et de psychédélisme. Attrait lié à la personnalité de l’homme qui devient peu à peu schizophrène et dépressif. Finalement, il reviendra à la demeure familiale, à Cambridge où il finira ses jours tranquillement avec ses royalties jusqu’à son décès en 2006.

Les Pink Floyd, menés par une main de fer par Roger Waters et accompagnés de David Gilmour, vont réaliser leur brillante carrière que tout le monde connaît. C’est seulement avec l’album « Wish You Were Here » en 1975 que les membres du groupe vont faire à Syd Barrett un dernier hommage, avec la chanson « Shine On You Crazy Diamond ».

Voilà le départ d’un groupe qui à ses débuts avait rencontré une forte opposition des médias en raison de leurs changements radicaux et de leur amplification très forte. Car à cette époque les instruments amplifiés étaient déjà bien connus du public mais les Pink Floyd les avaient poussés au maximum de leurs limites. Bidouillant leurs amplis eux-mêmes, ils ont créé leur son en partie grâce à cette initiative ! Ce que peu de jeunes groupes osent faire aujourd’hui à cause du marketing, du prix relativement élevé pour ce type de matériel et de leurs services de garantie. Comme dans cette interview datant de 1967, le « bruit » comme dit le journaliste va trop fort ! Mais, ce que j’aime bien, c’est qu’à la toute fin, il parle de régression vers l’enfance. Et on sait aujourd’hui à quel point l’enfance est déterminante pour la psyché d’un être humain. Et je pense que la musique, principalement composée par Barrett à ce moment, va clairement dans ce sens. Régression vers l’enfance pour mieux la comprendre au point de vue musical. Cette audace naïve, plus leur implication dans leur matériel, leur a ouvert la porte du succès et a permis qu’ils puissent émerger de la flopée des groupes pop britanniques. Avec, comme petit plus, le charisme si particulier de Syd.

Voilà un message qui est toujours d’actualité : chercher, être curieux, affirmer ses choix peuvent permettre à de nouveaux artistes encore inconnus aujourd’hui de créer, qui sait, la prochaine révolution musicale pour la plus grande joie de nos tympans.

Diego de Duve

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Un commentaire pour – La musique psychédélique : une naissance populaire

  1. Flat Ed dit :

    Bonjour,
    Si vous êtes fan de psychédélique, je viens de faire 1 heure d’émission radio POPCAST avec le blog THE ACTIVE LISTENER : focus sur la scène psychédélique actuelle
    Vous pouvez l’écouter ici :

    N’hésitez pas à écouter les autres émissions aussi !

    A bientôt
    Flat Ed

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