Alain Chamfort – Une vie Saint Laurent

« Une vie Saint-Laurent » est une biographie  en chanson du célébrissime couturier, signée Alain Chamfort et Pierre-Dominique Burgaud, qui est à l’origine de ce projet de concept album. Il est aussi l’auteur de nombreuses chansons (Claire Denamur, Pierre Souchon, Gaëtane Abrial, …) ainsi que du conte musical « Le Soldat Rose » mis en musique par Louis Chédid. Pour la petite histoire, Pierre-Dominique Burgaud est, entre autres,  le concepteur du clip « Les beaux yeux de Laure » primé aux victoires de la musique en 2005 alors qu’ EMI venait de mettre fin au contrat de Chamfort. Le clip est donc une réponse à ce licenciement pour cause de « résultats insuffisants » et surtout d’industrie en crise et certainement en manque de vision à long terme. Alain Chamfort lui, garde le sens de l’humour et dans le clip il montre des pancartes reprenant par exemple ce texte: « Bon d’accord, je me suis pas cassé pour mon clip. Mais j’ai une excuse. J’ai été viré de ma maison de disques, ils allaient pas en plus me payer un clip, alors j’ai pompé ce clip de Dylan qu’on a tourné en 1 heure ».

Fermons ici la parenthèse et revenons au projet Yves Saint Laurent. Il est intéressant de noter, que dans cette même « logique commerciale », il n’a pas trouvé preneur dans les maisons de disques et sera finalement distribué de manière alternative – sur un site de vente en ligne, avec le livre chez les libraires et en téléchargement. L’album est pourtant une réussite tant du côté des paroles, qui tout en respectant la chronologie du parcours d’YSL  sont aussi enlevées, sensibles et parfois incisives, que du côté musical. Les ambiances variées portent la marque du « dandy pop » avec des touches de rock-sixties, de jazz ou de cordes de grand orchestre. En voici 2 extraits: « Smoking or not smoking » et « Prêt à porter ».

De plage en plage le destin exceptionnel du couturier star se dessine, depuis son enfance à Oran jusqu’à sa mort à Paris en 2008 en passant pas ses débuts chez Dior en 1955. Engagé  à 19 ans, il remplacera Dior qui meurt peu après, à la tête de cette fastueuse maison. Il n’a alors que 22 ans ! Son génie créatif donnera entre autre naissance au smoking  pour femme en 1966: « Le smoking rendait les femmes plus puissantes dans leur conquête ». Dans une France encore très conservatrice le port du smoking  par une femme était perçu comme une insurrection. « Je me souviens quand Françoise Hardy est allée à l’opéra en smoking. Honte. Les gens hurlaient et beuglaient. C’était un scandale ». Et il n’y a pas qu’en France à New-York par exemple, certains hôtels et restaurants ne laissaient pas entrer les femmes  portant des pantalons. Voici le genre d’information que vous pourrez retrouver dans le livre qui accompagne le disque. Il résume dans les grandes lignes la carrière du créateur prolifique que fut Yves Saint Laurent. Une bonne introduction pour ceux qui, comme moi, connaissent peu le personnage.   Si par la suite vous voulez en savoir plus je vous recommande le film documentaire « Yves Saint Laurent – Tout terriblement». Une lente incursion dans l’univers du couturier, à partir d’images d’archives et de mise en situation de ses créations dans ses lieux de résidences.  Des textes d’YSL s’ajoutent en voix off, dits par Jeanne Moreau et YSL lui-même. Le ton est donc très différents de la série « Le jour d’avant » également consacrée aux grands couturiers mais qui vous plonge dans l’effervescence des 24 heures qui précèdent  le défilé. Rien de tout ça ici , ni stress ni compte à rebours mais d’abord un portrait de l’homme avant le couturier bien que les deux soient difficilement dissociable. Comme il le dit lui même: « Maintenant j’ai l’âme soudée à mon art. Je ne vis que par lui. Les évènements m’inspirent moins que la seule beauté ». Lui qui reconnaît aimer la gloire et qui d’ailleurs très jeune rêvait de son nom en lettres de feu sur les Champs-Elysées a aussi souffert d’un succès si précoce. Il semblera toujours regretter de n’avoir jamais eu de jeunesse car rapidement propulsé à de hautes responsabilités. Je lui laisse le mot de la fin qui vous donne le ton de ce documentaire qui sous le vernis de la « Success Story » montre bien la souffrance d’un personnage hyper-doué et hyper-sensible. « Faire de la mode à dates fixes, ça ne m’amuse pas. Toutes ces robes qui meurent en une année et en même temps. Toutes celles qu’il faut faire. C’est un ossuaire et une matrice. J’ai fabriqué la corde pour me pendre. J’aimerais faire de la mode seulement quand j’en ai envie mais je suis ligoté par mon empire commercial ».

Geoffrey Briquet

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