Bifff 2011, on y était aussi. Et vous ?

Voilà de nombreuses années que nous suivons l’évolution du Bifff, de près ou de loin. Etant appelée à d’autres tâches, il m’était impossible de suivre cette année le Festival au jour le jour (voir les précédentes chroniques : le Bifff, au jour… la nuit) ce qui ne m’a pas empêchée de voir quelques films et de passer d’excellentes soirées sur place. Pour revivre les moments forts de cette 29ème édition, suivez le guide :

Ouverture du 29ème BIFFF : Balada Triste de trompeta / A sad trumpet ballad de Alex de la Iglesia

Une métaphore sur l’Espagne fasciste au travers de la querelle de deux clowns amoureux de la même femme. C’est un peu court pour résumer tout le film mais je n’y suis pas du tout entré. Avec un début très prometteur, des images d’archives montrant la guerre civile et des liens historiques très intéressants, le film s’enlise (trop) vite dans cette bagarre de clowns pour une femme que Alex de la Iglesia se plait à filmer sous toutes ses coutures (il s’agit de sa compagne dans la vraie vie). Un final presque grotesque du clown qui pète un câble, des deux défigurés (à l’image de l’Espagne sous Franco) le tout sur une tour qui pourrait être comparée à l’Empire State Building où King Kong se réfugiait pour y garder sa belle… voire Notre-Dame et son bossu… bref, un film un peu fourre-tout où j’ai eu l’impression que le réalisateur ne savait plus où donner de la tête.

Rare exports : a christmas tale de Jalmari Helander

Je le dis d’emblée, c’était mon favoris pour cette 29ème édition et il a d’ailleurs reçu le Prix du Public.

Nous sommes en Finlande, berceau du Père-Noel. Mais ici, point de gentil gros monsieur bedonnant puisqu’une légende raconte que le Père-Noel est une ordure, dévorant les enfants lors de son passage dans les maisonnées. Et lorsqu’un riche américain entreprend de rouvrir le tombeau du Père-noël, ce n’est pas pour arranger les affaires des villageois qui assistent désemparés à divers disparitions incongrues…

Un film qui joue sur des sentiments tels que l’inquiétude, l’étrange ou l’inconnu… et ça fonctionne à merveille. De l’humour bien noir caractéristique des films nordiques, un petit garçon qui tient toute l’histoire en main, une surprise finale originale, tous les ingrédients pour faire un excellent film de genre qui plus est attachant. Et le jury ne s’y est pas trompé.

Detective Dee : le mystère de la flamme fantôme de Tsui hark

Un film de sabre assez classique, et plutôt attendu. Un détective est amené à élucider une sombre histoire d’auto-combustions de corps. Mêlant magie, chorégraphies, fantastique, le film pourrait être bon s’il n’avait pas été diffusé en français (« petite » erreur du côté des distributeurs du film). A revoir en VO ?

13 Assassins de Takashi Miike

Takashi Miike voulait s’attaquer au classique film de sabre japonais mais en y mettant son grain de sel. Donc, un film très correct pour qui aime le genre. Je l’ai trouvé un peu longuet, avec une scène finale de bataille tout ce qui a de plus Miikéen (comprenez des hectolitres de sang).

Burke and Hare de John Landis

LA comédie du Bifff, c’était Burke and Hare. Déjà que John Landis nous a fait l’honneur de sa présence, a chauffé la salle comme pas deux, le film était en plus très plaisant. D’un traitement tout ce qu’il y a de plus classique, limite vieillot, Burke and Hare nous emmène à l’époque des prémisses de la médecine, des dissections et des premières planches anatomiques. Pour se faire, les scientifiques ont besoin de corps fraichement décédés qu’ils sont d’ailleurs prêts à payer très chers… ce qui arrange bien les affaires de nos deux lascars protagonistes : Burke & Hare devenus pour l’occasion fournisseurs de cadavres. Vous imaginez la suite, des situations loufoques, des quiproquos sur un ton très léger, bref, un film tout ce qu’il y a de plus sympathique, tenu par le tandem Simon Pegg /Andy Serkis. Un film pour tous les âges.

Super de James Gunn

Super, c’était super !

Jeu de mot facile et que vous verrez certainement dans la presse lorsque ce film sortira dans nos salles et qu’il sera disséqué par les critiques… mais ce film est vraiment super, alors pourquoi s’en priver ?

Frank est marié et fou amoureux de sa femme Sarah, mais celle-ci ayant des antécédents d’addiction à la drogue et à l’alcool tombe sous le charme d’un truand dealer. Voilà donc Frank triste, déprimé et complètement déboussolé. C’est alors qu’il est touché, au propre comme au figuré par le doigt de Dieu… et par le biais d’une chaîne de télévision catholique. Il se voit porter la mission de réprimander les pêcheurs qui se trouvent dans la rue. Il se confectionne une tenue de super-héros et devient Crimson Bolt (le boulon rouge), un justicier dont le  slogan est « shut up crime »…

Sous ses dehors plutôt comiques, son déguisement de super-héros looser rose fuchsia et quelques scènes à la violence tellement extrême qu’on ne peut qu’en rigoler,  Super aborde aussi de nombreux problèmes de la société, de tous ces petites travers quotidiens et surtout de cet être particulièrement fragile, devenu psychopathe suite à une déception amoureuse.

En regardant l’évolution des films de super-héros depuis le très classique et inimitable Superman de Richard Donner en 1978, il est inéluctable de constater que le traitement du super-héros a bien changé… S’il était de bon ton de mettre d’abord en avant le super pouvoir afin d’en mettre plein la vue, nous sommes de plus en plus en présence de scénarii faisant la part belle aux préoccupations psychologiques du protagoniste. Cette tendance prend de plus en plus ses marques depuis que les réalisateurs s’attaquent à l’adaptation de comics dont le super-héros n’en n’est pas vraiment un puisqu’il n’a pas de réels superpouvoirs  (voir le récent Kick-Ass de Matthew Vaughn pour exemple).

Reing of assassins / Jianyu de Chao-Bin Su et John Woo

Du haut de ses 49 ans, la jolie Michelle Yeoh a de beaux restes. Un film de kung-fu agréable, mais qui manque d’originalité.

I saw the devil de Jee-Woon Kim

Les films mettant en scène la notion de vengeance sont légion en Corée du Sud. Souvenez-vous de la trilogie réalisée par Chan-wook Park : Sympathy for Mr vengeance (2002), Old boy (2003), Lady vengeance (2005) – trois films dont le thème principale est, comme vous l’aurez deviné, la vengeance… et ce n’est pas tout : Bad guy de Kim ki-Duk raconte l’histoire d’un homme qui, humilié par une jeune fille en pleine rue, décide de l’obliger à se prostituer ; A bittersweet life de Ji-wun Kim, l’histoire d’un règlement de compte entre le bras droit d’un chef de gang et celui-ci…

En me penchant sur l’histoire du cinéma coréen, j’apprends que l’un des premiers films réalisé en Corée (alors sous domination japonaise) porte le titre La Juste revanche (Kim Do, 1919). Il ne s’agit donc pas d’une coïncidence. Et donc, I saw the devil vient s’ajouter à la longue liste des films de vengeance. Encore plus sordide que Old boy, ce film de Jee-Woon Kim raconte comment un jeune homme venant de perdre sa compagne, va se venger contre le meurtrier de celle-ci. C’est la maman de Benoît Poelvoorde qui le dit dans C’est arrivé près de chez vous : ‘Je ferai la justice moi-même’ et c’est exactement ce qu’il se passe dans I saw the devil. Le réalisateur pousse le vice de la vengeance à son extrême puisque notre protagoniste retrouve le meurtrier de sa petite amie environ 20 minutes après le début du film… qui dure près de 2h30. Au lieu d’en finir, il le blesse et s’amuse ensuite à le poursuivre. Le meurtrier se transforme en victime, le justicier en psychopathe et le spectateur en petit animal effrayé et dégouté qui essaye de rentrer dans son fauteuil… bon, j’exagère un peu mais le film fonctionne très bien. I saw the devil a fait grand bruit dans son pays d’origine et a vu sa sortie reportée plusieurs fois et s’est vu amputer de quelques scènes trop violentes, on se dit alors qu’on a échappé au pire…

Wake wood de David Keating

Retour étonnant autant qu’inattendu de la Hammer production. Le film pourrait être comparé à Wicker-man de Robin Hardy (1973) pour son côté suranné teinté de sorcellerie et de magie noire.

Troll Hunter de André Ovredal

Présenter un film durant un Festival dont le sponsor officiel se trouve dans le titre ne peut qu’augurer une très bonne ambiance. Mais il en faut plus pour faire un bon film et le réalisateur norvégien ne s’est pas trompé en réalisant ce Troll hunter sous forme d’un faux documentaire. D’ailleurs, qu’est-ce qui nous prouve que c’est un faux ?

Partis pour faire un reportage sur d’étranges meurtres d’ours, trois jeunes étudiants se retrouvent sur les traces d’un chasseur hors du commun qui prétend chasser les Trolls. Payé secrètement par le gouvernement pour contenir la population de ces géants qui font d’incroyables dégâts, notre homme est armé d’une lampe spéciale, de graisse de trolls pour ne pas se faire repérer et de beaucoup d’années d’expériences. Filmés un peu à la manière de Blair witch project, on pourrait s’attendre à un film d’horreur. Il n’en est rien, et c’est peut-être le seul reproche qu’on pourra lui faire, celui de ne pas avoir pris clairement position vers le genre où il voulait se situer. On rit beaucoup, mais pas assez pour en faire une comédie et un peu trop pour en faire un film qui fait peur… Reste au final un scénario très original, truffé de bonnes idées et de bonnes blagues. Un film qui se laisse voir.

The Ward de John Carpenter

La seule grosse déception, le dernier film de l’un des maîtres de l’horreur. Une histoire pas très originale d’un fantôme dans un hôpital psychiatrique. Pour les amateurs de « bouh » films.

Cloture du 29ème BIFFF : Monsters de Gareth Edwards

Monsters est, comme son nom ne l’indique pas, un road-movie mélancolique – et non un film d’horreur à proprement parlé. Les monstres ne sont ici que prétexte à cette histoire de voyage tout en finesse et en ressenti. Ne vous attendez donc pas à de l’action mais bien à de superbes images du Mexique, une ambiance reportage et une poésie permanente.

Une clôture que le public du Bifff n’a pas beaucoup appréciée. Evidemment, avides de sang et chair fraiches, les bifffiens sont restés sur leur faim. Pour ma part, je l’avoue, j’avais déjà visionné une première fois ce film et j’ai pris beaucoup de plaisir à le revoir sur grand écran.

Une 29 ème édition qui se termina avec le plus long verre de l’amitié de l’histoire du Bifff (difficile de vider les futs de Cuvée des Trolls en une nuit) et quelques belles gueules de bois le lendemain… Nous attendons la trentième avec impatience.

Brigitte Segers

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