Florilège (21)

« Le petit recueil de nouveautés classique »

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Ingrid Fliter – Beethoven – Sonates pour piano « Pathétique, Tempête et Appassionata »

  Âgée de 27 ans, Ingrid Fliter, pianiste argentine, remporte la médaille d’argent du « Concours International de Piano Frédéric Chopin à Varsovie » en 2000. Partagée dans sa vie professionnelle entre les continents américain et européen, elle enregistre ensuite pour le label EMI deux compacts dédiés à l’œuvre pour piano de Frédéric Chopin. En 2011 c’est vers trois piliers de l’œuvre pour piano de Ludwig von Beethoven qu’elle se tourne à savoir : les sonates « Pathétique », « Tempête » et «  Appassionata ».

D’entrée de jeu, à l’audition, on se rend compte qu’il se passe quelque chose, qu’on ne sera pas déçu, que l’on a affaire à une interprète qui maîtrise le territoire pianistique beethovénien.

Et pour cause, Ingrid Fliter nous fait don d’une lecture personnelle de ces trois œuvres, je devrais dire d’une relecture toute personnelle de celles-ci sur base des documents « Urtext » (partitions originelles manuscrites ou imprimées).

Mais, revenons-en aux œuvres proposées. La « Pathétique » commence par une ouverture « Grave » renforcée par une sorte d’impulsion sous-jacente parfaitement exprimée par une maîtrise des différents registres de l’instrument. Ingrid Fliter aborde ensuite « l’allegro di molto con brio » par une série d’arpèges, et, surprise: une pause, un silence, et la pianiste revient à l’intro lente, le « grave » du début, chose que personne ne fait jamais, du moins que je n’ai jamais entendu faire.

Alors, audace, erreur ou tout simplement un choix de l’artiste que l’on peut respecter puisqu’il correspond à ce que demande l’auteur dans le second mouvement de cette sonate (une ré exposition renvoyant au début du mouvement)? Le second mouvement est traité comme il se doit avec un legato sans faille et le final nous mène vers un point d’orgue où on ne peut s’empêcher d’applaudir.

La seconde œuvre proposée sur cet enregistrement est l’opus 31 n°2 surnommée « la Tempête ». Bien que son surnom n’est pas dû à Beethoven lui même, c’est bien l’œuvre éponyme du dramaturge anglais William Shakespeare qui inspira le compositeur.

Comme pour la « Pathétique », l’interprétation d’Ingrid Fliter est admirable, la tension dramatique de l’œuvre et l’expressivité ne sont jamais en deçà de ce que demande l’œuvre. Le sentiment d’inquiétude dans le troisième mouvement est très bien rendu grâce à une plus grande utilisation que de coutume de la pédale forte donnant l’impression de textures sonores moins analytique, plus chargée « émotionnellement » que, par comparaison et exemple, la version qu’en donne Hélène Grimaud sous le label DGG.

Avec « l’Appassionata », tout se confirme au niveau du travail de l’artiste, les caractéristiques de son interprétation deviennent encore plus évidentes. Ingrid Fliter s’emploie à faire ressortir les conflits et contrastes thématiques du premier mouvement avec brio et une puissance extraordinaire. Le second mouvement lent se déroule dans un élan de tendresse tenue pour mener au mouvement final tendu et époustouflant.

Bien sûr, chacun, mélomane averti ou amateur, peut préférer une interprétation à une autre, le répertoire ne manque pas en la matière. Ceci dit, je crois que cette interprétation vive, passionnée et impulsive ne laissera aucun auditeur de glace. Et ma conclusion toute personnelle sera celle-ci: à quand une intégrale des sonates pour piano de Beethoven par « la señora Fliter »? (PC)

Simone Dinnerstein – Bach – A Strange Beauty

  Il y a quelques années, la jeune pianiste américaine décidait d’enregistrer les Variations Goldberg à compte d’auteur. La sensibilité de l’interprétation de l’œuvre par cette jeune inconnue étonna et la hissa au niveau des meilleurs interprètes des célèbres Variations (lire l’article paru à ce propos sur ce blog). Elle a depuis entamé une carrière internationale et joue avec quelques uns des plus grands orchestres symphoniques. Néanmoins, ce « Bach Strange Beauty » me laisse perplexe. Chaque musicien ressent, assimile et réinterprète une œuvre selon sa sensibilité et sa propre créativité. Simone Dinnerstein pense la musique de Bach comme étant sans cesse mystérieuse et inattendue, laissant une grande part à la liberté d’interprétation et imagine le jeu du compositeur lui-même parfois très proche de l’improvisation des pianistes de jazz qui sont plus libres dans leur jeu que les interprètes classiques. Ce qui est vrai. La musique baroque laissait beaucoup de liberté au jeu du musicien et certains musiciens de jazz se tournent vers elle pour le plaisir de l’improvisation que cette musique pourtant très élaborée rend possible.

L’enregistrement des concertos a été réalisé sans chef d’orchestre et c’est dès lors la pianiste qui donne la direction et le ton de l’interprétation mais voilà, il semble d’emblée que si la pianiste sait où elle va, l’orchestre a beaucoup de difficulté à la suivre, ce qui donne une impression de chacun pour soi, de lourdeur et de discordance. Est-ce le tempo lent du jeu de la pianiste, le touché peut-être romantique plutôt que baroque ? Ecoute comparative obligée entre collègues des collections classiques, du concerto n°1 en ré mineur BWV 1052 par Murray Perahia, conduisant lui aussi l’orchestre, l’Academy of St. Martin in the Fields. Légèreté, fusion, émotion, extrême sensibilité du touché ; là, le piano joue véritablement avec les autres instruments et l’œuvre nous emporte dans ses joyeuses vibrations. Ecoute du même concerto avec Angela Hewitt au piano, concertant avec l’Australian Chamber Orchestra, soliste et orchestre conduits par le premier violon, Richard Tognetti. Même impression de musiciens qui concertent véritablement ensemble, de sensibilité concertante. Néanmoins, la virtuosité de Simone Dinnerstein reste évidente dans les pièces pour piano seul, lorsque sa sensibilité peut s’épanouir libérée des contraintes d’un ensemble. (FVW)

 

Tippett Quartet & Julian Bliss – Bernard Hermann – Psycho – pour quatuor à cordes 

  Le quatuor Tippett salue ici l’un des plus importants compositeurs de musique de film au 20e siècle, Bernard Hermann. Deux pièces de musique de chambre datant du milieu des années soixante et un arrangement pour quatuor de la bande son du film « Psychose » d’Alfred Hitchcock composent le présent enregistrement et donnent un aperçu du côté fascinant du compositeur.

Echoes (1965) en un mouvement unique pour quatuor à cordes rappelle et évoque le style modal de Bela Bartok. Les deux premiers tiers de l’œuvre se déroulent dans le maintien d’un climat calme d’humeur méditative jusqu’à ce que survienne une éruption musicale surprenante et effrayante qui brise radicalement la stabilité du contrepoint introduit dès le début de l’œuvre. Souvenir de Voyage, qui date de 1967, est un quintette avec clarinette composé dans un style assez proche d’ Echoes. Le clarinettiste Julian Bliss apporte, grâce à son jeu, une expression nostalgique tout au long de son exécution où se succèdent de long soupirs mélodiques. La dernière pièce de cet enregistrement est le fruit du travail de Richard Birchall qui s’est attelé à transcrire pour quatuor la musique du film Psychose. Pendant toute la durée de la performance, l’auditeur est tenu en haleine par les thèmes familiers entendus lors d’un visionnement du célèbre film d’Alfred Hitchcock. La prise de son quoique très claire souffrent néanmoins de sécheresse et l’on aurait apprécié un peu plus de rondeur. (PC)

  

Contributeurs :

Au service des collections :

Nathalie Ronvaux (NR) ~ Anne Genette (AG) ~ Andrée Forster (AF) ~ Marie de Wautier (MDW)

Jacques Ledune (JL)

A le Média Bxl :

Françoise Vandenwouwer (FVW)

Philippe Cantaert (PC)

A propos La média de bxl

La médiathèque de Bruxelles Centre : un repaire de découvertes et de passions. Nous aimons les musiques, les films, le multimédia. dans tous les genres, tous les courants. A la recherche de titres précis ou envie de découvertes ? Nous vous proposons plus de 100.000 titres musicaux et audiovisuels en accès direct, ainsi que des sélections ciblées. La médiathèque, c’est cinquante ans d’histoires culturelles enrichies au quotidien par des mélomanes et cinéphiles rodés au défrichage de répertoires et tendances sans cesse renouvelées. Bienvenue !
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