It’s Biutiful

Barcelone, les cheminées sculptées de la Pedrera de Gaudí, la ville ensoleillée au bord de la mer, les touristes et la douceur de vivre.

Barcelone-Badalona, les cheminées industrielles d’El Fondo, la fraîcheur des ponts d’autoroute la nuit, les clandestins qui tentent de survivre et la dureté de la mort qui plane.

Le Mexicain Iñárritu laisse l’image de carte postale à Woody Allen (Vicky Cristina Barcelona, VV0205) ou Cédric Klapisch (L’Auberge espagnole, VA8374) pour plonger avec vérité, noirceur et émotion dans l’envers du décor de la métropole catalane. Une Barcelone floue, partielle, nocturne.

La trilogie-puzzle

Alejandro González Iñárritu, c’est l’homme de la trilogie des « films-puzzle » Amores Perros (VA4544) – 21 grams (VV4391)  – Babel (VB0527). Ecrits avec le scénariste Guillermo Arriaga, ils ont installé une marque de fabrique : différentes intrigues narratives entremêlées, avec un jeu sur la temporalité (le spectateur doit reconstituer lui-même la ligne du temps des événements qui ne lui sont pas donnés dans l’ordre chronologique).

Amores Perros est une remarquable et haletante plongée canine dans l’enfer de Mexico qui a révélé l’acteur Gael Garcia Bernal.

21 grams, dont la structure est la plus secouée de trois, mettait à l’affiche Sean Penn, Naomi Watts, Benicio Del Toro et Charlotte Gainsbourg autour d’un tragique accident de voiture. Le passage à Hollywood, toujours délicat, ne semblait pas avoir dénaturé le chemin du duo Iñárritu – Arriaga.

Mais Babel, film démesuré qui s’étend sur trois continents, avait le défaut d’en faire trop : thème du manque de communication répété à toutes les scènes, mise en scène démonstrative, casting « glamour » (Brad Pitt, Cate Blanchet, Gael Garcia Bernal), scénario manquant de finesse. Légèrement boursouflé et lourdaud en somme.

Babel, prix de la mise en scène à Cannes en 2006, sonne la fin de la collaboration Iñárritu-Arriaga. Arriaga continue à mélanger les histoires  avec le scénario de Three Burials pour Tommy Lee Jones (VT0064) et sa première réalisation (The Burning Plain, VT0337). Iñárritu décide lui de faire autre chose, en Europe, ce sera Biutiful (VB1047).

Life is Biutiful

Biutiful, c’est la vie d’Uxbal, père de deux enfants, qui fait le lien entre des ateliers textiles clandestins tenus par des Chinois et des vendeurs de rue sénégalais. Un mauvais garçon ? Pas vraiment, il essaye simplement de joindre les deux bouts, de nourrir ses mioches, tout en permettant à des sans-papiers de survivre. Cancer de la prostate, femme cyclothymique et don de communication avec les morts complètent le tableau de cet homme qui se sait condamné, mais qui s’obstine à lutter, à se prendre en charge tout seul, à mettre en ordre ses affaires avant de partir définitivement.

Si le scénario n’hésite pas à charger la barque du pauvre Uxbal ou à multiplier inutilement les sous-intrigues, le film amène à des émotions justes et des questions ambivalentes sans les trancher : peut-on compter sur son prochain ou doit-on irrémédiablement s’en méfier ? Le thème principal de la mort, omniprésente dans les événements et les dialogues, est doublé d’un questionnement sur la transmission, la succession des générations et la paternité. De quoi faire écho chez le spectateur.

Le film a aussi le mérite d’exposer la réalité sociale de cette Espagne qui se réveille de son rêve économique avec un chômage généralisé, une Espagne-Uxbal malade mais qui n’a d’autre solution que d’avancer tête baissée. Si on visite la Rambla, c’est au pas de course avec des matraques en embuscade ; si on va à la plage, la mer charrie des cadavres.

La caméra à l’épaule laisse voir sans être trop démonstrative ; le style est ambitieux mais avec une justesse de réalisme ; le symbolisme est maîtrisé ; les incursions fantastiques sont glaçantes et sobres.

Pour donner corps à Uxbal, un Javier Bardem amochi, qui tient magistralement le rôle de bout en bout, donnant au protagoniste un mélange de fureur, de bonté et de dignité face à tout ce qui lui arrive. Iñárritu dit de Bardem « On pourrait raconter toutes les histoires sur son visage ». L’acteur espagnol a obtenu le prix d’interprétation masculine à Cannes en 2010 pour ce rôle.

Biutiful plombe clairement l’ambiance. On sort de ce film abattu, démonté, laminé.

Mais quel film dense, lucide et nécessaire !

A propos La média de bxl

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