Incendies

Le rideau s’ouvre sur une histoire à l’ancienne, avec un testament contenant une mission pour Jeanne et Simon : retrouver leur père et leur frère. Jeanne est intriguée sur le passé de leur mystérieuse mère récemment décédée. Simon, lui, se demande pourquoi il n’a pas eu droit à une mère normale. Dit comme ça, ça ressemble à une pièce de théâtre, d’ailleurs le film est l’adaptation de la pièce de Wajdi Mouawad. Mais Incendies de Denis Villeneuve est surtout un grand film : il creuse à la fois le magma de la famille et la démentielle rage de détruire que l’homme porte en lui.

A travers un destin exceptionnel de dureté, révélé petit à petit, le spectateur pénètre le conflit au Liban (jamais explicitement cité, donc qui vaut pour toutes les guerres) et ses horreurs : haine entre communautés, représailles contre les civils, fanatisation, assassinats, torture, … Les scènes les plus marquantes restent en mémoire, pour longtemps. Loin du strict recensement des actes de guerre, le personnage de la mère (Lubna Azabal, comédienne belge) avance avec détermination d’un camp à l’autre, de sorte qu’on est emporté par cette femme qui n’abdique pas. Les racines théâtrales du film inscrivent cette lutte de mortels contre le destin et ses forces dans la tragédie grecque.

Les ressorts du scénario pourraient paraître énormes. Non seulement, ils tiennent la route, mais ils ouvrent l’œuvre à une interprétation symbolique sur le caractère incestueux du conflit libanais. Un autre film récent, « Et maintenant on va où ? » de Nadine Labaki, montre également comment au sein d’un même village, les fronts se forment entre paisibles voisins.

Pour conjuguer les époques (jeunesse de la mère et quête contemporaine des enfants), le réalisateur joue finement des raccords (par exemple, il raccorde une terrifiante scène de bus emprunté par la mère au calme voyage de la fille en bus), ce qui connecte les fils narratifs et questionne sur le passage du temps : la placidité du paysage contemporain a pu abriter d’insoupçonnables atrocités.

Un film qui s’enfonce dans la noirceur ? Non, car en sa conclusion, il refuse les voies de la violence et appelle à la paix et à l’amour.

Donatien de le Court

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Un commentaire pour Incendies

  1. jacqueline dit :

    Un film à ne pas rater! On est tenu en haleine du début à la fin… Excellente prestation de la mère.! Bon cinéma…. JL

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