Florilège (24)

« Le petit recueil de nouveautés classique »

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George Bohm – Oeuvres pour orgue – Bernard Foccroulle

  Formé par son père, organiste, lié avec la famille Bach, Georg Böhm suivra une formation universitaire, avant de s’installer à Hambourg. La ville est célèbre pour la qualité de ses orgues, elle est le foyer de la vie musicale et intellectuelle allemande. Böhm y parachève sa formation musicale. En 1697 il pose sa candidature en tant qu’organiste à l’Eglise Saint-Jean de Lunebourg, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort. Il y sera le tuteur et le mentor du jeune Jean-Sébastien Bach. Héritier de Buxtehude, Böhm est un compositeur de grand talent et son œuvre fut certainement plus importante que ce qu’il nous est donné d’en connaître aujourd’hui. Bernard Foccroulle, organiste spécialiste de Jean-Sébastien Bach et des compositeurs baroques allemands s’attache dans cet album à nous le faire découvrir. Il joue sur un orgue de l’époque baroque, construit en 1646 pour l’église Saint Laurent à Alkmaar (Pays-Bas), instrument remarquable dont il nous dit qu’il possède une gravité, une poésie et une profondeur qui semblent particulièrement en harmonie avec les œuvres de Bhöm qui sont parvenues jusqu’à nous. (FVW)

  

Jospeh Haydn – Divertimenti per il pariton a tre

  Les lubies des grands de ce monde sont pléthore et je ne les énumérerai pas ici. Ainsi en fut-il du prince hongrois Nikolaus Esterhazy (1714-1790), dit « le Magnifique », patron et mécène du compositeur Joseph Haydn (1732-1809) qui s’était épris d’un instrument particulier : le baryton également appelé pariton, paridon ou encore viola di bardone.

L’instrument appartient à la famille des violes de gambes si ce n’est qu’il possède deux types de cordes, les unes en boyau frottées avec l’archet, les autres (basses) qui résonnent par sympathie ou qui peuvent être pincées avec le pouce.

Toujours est-il, qu’un beau matin de 1761, Joseph Haydn reçut ordre d’écrire des pièces destinées à l’instrument. Les manuels, documents et témoignages de l’époque mentionnent que le compositeur ne s’en trouva pas très enthousiaste et qu’il dut être rappelé à l’ordre par son maître et employeur pour se mettre à la besogne.

Après six mois d’études approfondies du baryton et de ses possibilités techniques, Haydn produit quelques trio pour baryton et violes de gambes qu’on s’empresse de présenter à la cour pour satisfaire un prince insatiable. On a donc affaire, ici, à des œuvres de commande destinées à un employeur exigeant; ceci dit, le compositeur s’en servit comme terrain d’expérimentations qu’il reprendra lors de la composition de quatuors à cordes plus tardifs. D’autre part l’humour du compositeur savamment distillé tout au long de ses œuvres permettent aux pièces écrites pour le baryton, on en compte 126, de dépasser le statut de pièces de circonstance pour devenir des petites perles de la musique de chambre. Haydn en fit d’ailleurs des transcriptions pour une formation en trio classique (violon, alto et violoncelle).

Dans le présent enregistrement, point de transcription mais un enregistrement de 7 trios pour baryton, alto et violoncelle. Soulignons au passage les qualités musicales de Guido Balestracci, Alessandro Tampieri et Bruno Cocset qui tout au long de ces septante cinq minutes de plénitude musicale mènent l’auditeur à une véritable jubilation.

Un seul regret pour ma part : le baryton mourut, en quelque sorte à la mort du prince Esterhazy et Haydn ne put insuffler à ses descendants spirituels le désir d’écrire pour cet instrument.

Une idée pour l’un ou l’autre compositeur contemporain … qui sait ? (PC)

Stories – Theatre of Voices – Paul Hillier  

  Si la musique expérimentale d’après-guerre, marquée par le sérialisme intégral et l’électronique, devait trouver dans la voix humaine et le langage, un mélange de matériau sonore brut et de mémoire culturelle (cf. Boulez : Soleil des eaux, 1948, Marteau sans Maître, 1953-55 ; Dallapiccola : Cinque Canti, 1956 ; Stockhausen : Gesang de Junglinge, 1955-56,) qu’elle pourrait décomposer et réinjecter dans une trame combinatoire assez rigoureuse et abstraite, la dimension humaine et personnelle de l’interprète devait peu à peu reprendre le dessus comme on pourra le constater chez Stockhausen même avec Momente en 1962 et avec Stimmung en 1968, qui feront appel à la voix dans tout son potentiel dramatique et humoristique. Luciano Berio, en tant qu’accompagnateur de classes de chant et époux de Cathy Berberian (de 1950 à 1964), était peut-être bien placé pour y accorder une attention particulière et l’influence de John Cage, venant croiser l’héritage du sérialisme, reste certainement l’élément déterminant dans son approche du travail vocal. Abandonnant toute forme de linéarité et d’enchaînement sémantique dans le débit oral, Cage devait libérer le champ créatif de sa trajectoire univoque, l’étendre dans toutes les directions et l’adresser à plusieurs niveaux de perception. C’est précisément cette autre manière de raconter que  » Stories  » nous invite à découvrir en réunissant autour de Luciano Berio des compositeurs et interprètes co-créateurs alliant perfectionnisme et sens de l’humour. Si le titre de l’album s’inspire de  » Story », composé par John Cage sur deux courtes lignes de Gertrude Stein, c’est peut-être que celui-ci représente la clé de décodage ou plutôt de non décodage d’un ensemble dont le pivot central est  » A Ronne  » de Berio d’après le poète Edoardo Sanguineti. Véritable pierre angulaire du nouveau théâtre musicale, la pièce, composée en 1974, combine, en les démultipliant, les situations vocales à une narration textuelle où les codes historiques, linguistiques et musicaux se mélangent, induisant des compréhensions et appréhensions sur plusieurs niveaux.  » Not A Soul But Ourselves  » de Robert Marsh se concentre davantage sur l’articulation parlée et s’appuie sur l’amplification afin de rendre audible un travaille tout en finesse à partir du chapitre ALP de Finnegans Wake de Joyce. Les autres pièces du CD vont davantage explorer le medium sonore du langage à travers ses tics ( » As I was saying  » de Sheldon Franck), l’expression sonore dépouillée de tout contenu ( » Young Turtle Assymmetries  » de Jackson Mac Low) et les onomatopées de  » Tripsody « , composé par Cathy Berberian en 1966. (JL)

 

Germanicus – Georg Friedrich Haendel

  En janvier 2007, Ottaviano Tenerani effectue des recherches dans le Fonds Pitti Teatro de la Bibliothèque du Conservatoire « Luigi Cherubini » de Florence et découvre le manuscrit d’un opéra inconnu qui pourrait être attribué à Georg Friedrich Haendel. J’imagine les frissons d’excitation qui ont dû agiter l’esprit de cet homme ! Des recherches approfondies dans différents catalogues et fonds musicaux et diverses expertises (papier, écriture…) attesteraient de l’authenticité du manuscrit et de l’identité du compositeur. Il s’agirait d’une œuvre de jeunesse de la période italienne d’Haendel datant probablement de son premier séjour à Venise ou Florence. Mais cette authenticité est contestée et qualifiée par certain critique d’énorme supercherie! J’espère que la ferveur musicologique d’Ottaviano Tenerani est authentique et qu’il croit lui fermement en sa découverte. Alors, confiance, écoutons cette œuvre d’Haendel !

Le sujet de cet opéra inconnu est inspiré de l’histoire romaine, du retour triomphal à Rome de Germanicus, général romain (qui doit ce surnom à son père lui-même appelé ainsi pour ses nombreuses victoires contre les Germains), après sa victoire sur Arminius chef des Germains, vers l’an 16 après J.-C.

Adulé par le peuple et par ses troupes Germanicus aurait été adopté par Tibère à la mort de son père mais peut-être plus tard empoisonné sur son ordre, la popularité de Germanicus ternissant la sienne.

Trois scènes structurent l’opéra. Dans la première, le peuple, les consuls et César lui-même célèbrent le héros. Dans la deuxième Germanicus retrouve sa femme Agrippine et sa mère Antonia. La troisième raconte comment s’étant endormi, Germanicus fait le songe d’un âge d’or qui surviendra, dans le sud de la Germanie, héritage de l’empire romain dans les mains d’un nouveau César (aux cheveux blonds !!!) qui apportera une nouvelle prospérité. Il révèle ce songe à César et aux Consuls réunis autour de lui.

L’œuvre est donc enregistrée pour la première fois, présentée et interprétée par l’Ensemble e Coro Il Rossignolo dirigé par Ottaviano Tenerani. Une belle petite pièce baroque, un divertissement de cour qui pour les connaisseurs de l’œuvre d’Haendel présente peut-être des caractéristiques de son écriture. Quelques beaux arias, surtout ceux d’Antonia auxquels la voix de la soprano Laura Cherici prête une certaine émotion mais aucun grand moment musical ne viendra me surprendre durant l’écoute. Alors, l’œuvre est-elle ou non d’Haendel ? La question reste en suspens mais une œuvre inconnue tirée d’un long sommeil secoue de ses notes la poussière des siècles et ce que je me demande c’est combien d’œuvres voir de chefs-d’œuvre et combien de secrets sont-ils encore enfouis dans les dédales des rayonnages de toutes les archives du monde ? Vertige! (FVW)

  

Contributeurs :

Au service des collections :

Nathalie Ronvaux (NR) ~ Anne Genette (AG) ~ Andrée Forster (AF) ~ Marie de Wautier (MDW)

Jacques Ledune (JL)

A le Média Bxl :

Françoise Vandenwouwer (FVW)

Philippe Cantaert (PC)

A propos La média de bxl

La médiathèque de Bruxelles Centre : un repaire de découvertes et de passions. Nous aimons les musiques, les films, le multimédia. dans tous les genres, tous les courants. A la recherche de titres précis ou envie de découvertes ? Nous vous proposons plus de 100.000 titres musicaux et audiovisuels en accès direct, ainsi que des sélections ciblées. La médiathèque, c’est cinquante ans d’histoires culturelles enrichies au quotidien par des mélomanes et cinéphiles rodés au défrichage de répertoires et tendances sans cesse renouvelées. Bienvenue !
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