Florilège (28)

« Le petit recueil de nouveautés classique »

Pour connaître la disponibilité de l’un ou l’autre des média, cliquez sur la vignette correspondante.

 

Hector Berlioz – Grande Messe des Morts 1837 – Paul McCreesh

  Souhaitant remettre la musique sacrée au « goût du jour », un ministre français de l’intérieur commandite en 1837, une Messe de requiem au compositeur et ceci en mémoire des soldats de la révolution de 1830. L’œuvre, imposante, nécessite les performances de 400 musiciens et chanteurs et comprend 10 mouvements. Elle est dédicacée au commanditaire de l’œuvre en ces mots: « Si j’étais menacé de voir brûler mon œuvre entière, moins une partition, c’est pour la Messe des morts que je demanderais grâce. »

Voici le premier enregistrement d’une nouvelle série initiée par Paul McCreesh et le Gabrieli Consort (fondé en 1982). Les prochains enregistrements prévus sont: Elijah de Mendelssohn (avec Simon Kennlyside), Les Saisons de Haydn et le War Requiem de Britten. On ne peut que s’en réjouir! (MDW)

 

Francis Poulenc – Figure Humaine, Messe en Sol, Un Soir de Neige 

  Ne voir en Francis Poulenc que le  » mauvais garçon  » composant de la musique de divertissement dans le Paris des années folles est bien réducteur. C’est hélas l’image que beaucoup de mélomanes gardent à l’esprit. Poulenc, ce n’est pas que Les Biches ou Les Mamelles de Tirésias. Ce sont Les dialogues des Carmélites, La Voix Humaine, Le Gloria, Les Litanies à la vierge noire et j’en passe. Ce sont des œuvres extraordinaires dans lesquelles se révèle l’humanité de cet homme revenu à la foi de son enfance. Dois-je vous raconter l’histoire de celui qui fut meurtri par la mort d’un ami, qui se rendit en pèlerinage à Notre-Dame de Rocamadour et en revint tout autre ? Pour Poulenc, il y eut un avant et un après 1936. Ce déploiement du coeur et de l’âme se donne à entendre dans l’enregistrement de Peter Dijkstra et du Swedish Radio Choir. Sur ce disque sont rassemblées quelques pièces pour chœur disant la foi mais aussi les violentes émotions générées par la Seconde Guerre Mondiale. De la Messe en Sol à La Figure Humaine, de l’ordinaire liturgique des poèmes de Paul Eluard, Poulenc exprime les tréfonds de notre nature humaine par une musique tantôt dissonante tantôt aérienne. Vous frémirez au froid de la neige, vous ressentirez la solitude de sa blancheur cristalline, vous vous angoisserez à l’évocation de la mort mais vous serez portés par cette dernière mélodie Liberté. Oui, découvrez l’autre Francis Poulenc. (AG)

Dick Higgins – The Thousand Symphonies

  Dick Higgins, qui était originaire d’Angleterre, avait 26 ans lorsqu’il fonda à Chelsea (Manhattan) les éditions  » Something Else Press  » qui devait être une des fenêtres incontournables de la littérature avant-gardiste, de la poésie concrète et surtout du mouvement Fluxus dont il fut l’un des co-fondateur en 1961. Compositeur, ayant étudié auprès de Cage et Henry Cowell, écrivain et pionnier du  » happening  » (1958), Higgins développera en 1965, sous l’appellation  » intermedia « , un concept esthétique visant à décloisonner les domaines artistiques et, conformément à l’esprit de Fluxus, à faire tomber les barrières entre l’objet d’art et celui de la vie quotidienne. Dans son manifeste  » Statement of Intermedia  » de 1966, Higgins souligne l’importance pour le créateur de se réapproprier le monde au travers des techniques médiatiques de son temps et définit l’approche  » intermédiatique qui  » consistera précisément à  » donner de l’emphase à la dialectique entre les médias. Un compositeur est un homme mort à moins qu’il ne compose pour tous les médias et pour son monde « ,  » This is the intermedial approach, to emphasize the dialectic between the media. A composer is a dead man unless he composes for all the media and for his world « . S’appliquant également à l’expression simultanée de plusieurs champs artistiques, le concept d’intermedia aura une influence déterminante dans le développement de la performance dans l’art occidental contemporain.  » The Thousand Symphonies  » est l’aboutissement d’un projet de show au Douglass College de la Rutgers University de New Brunswick. L’université, qui collabora de manière suivie avec le mouvement Fluxus, fut également le terrain d’expérimentation des premiers  » happenings « .  » The Thousand Symphonies  » fait partie de ces expériences artistiques où les réalités du monde, sociales ou politiques sont remises en perspectives et si le processus de création repose ici sur l’utilisation des armes à feu, il s’agit, au-delà d’une réflexion sur la société répressive en général, de dénoncer certaines dérives de la police et les conséquences désastreuses d’un acharnement punitif disproportionné envers la jeunesse. Higgins eut l’idée de confier à des policiers la confection de partitions musicales à partir de feuilles vierges qu’ils prendraient pour cibles. Il resterait alors aux musiciens de composer sur le graphisme des feuilles perforées. L’événement musical fut filmé et eut un certain retentissement médiatique tandis que les partitions, qui devaient être interprétées ensuite par un orchestre de bénévoles dirigé par Philip Corner, font actuellement partie de la collection Hahn du Musée d’Art Moderne de Vienne. Le titre  » The Thousand Symphonies « , au-delà d’une critique de la répression policière, interroge également un certain parallélisme entre une civilisation occidentale établie sur l’autorité coercitive et l’orchestre symphonique. (JL)

 

Witold Lutoslawski – Oeuvres vocales

  Des œuvres de jeunesse, de maturité et celles composées tout au long de sa carrière, voici ce que présente cet enregistrement consacré aux mélodies de Witold Lutoslawski. On y découvre un Lacrimosa de 1931, très subtil et encore influencé par d’autres manières de faire. Le Triptyque silésien témoigne de la contribution du compositeur à l’idéal socialo-soviétique. Il y met en œuvre des chansons populaires où se décline l’amour, avec beaucoup d’esprit. La berceuse écrite en 1954 préfigure le style présent dans les célèbres Chantefleurs et Chantefables, pièces destinées à être écoutées par de juvéniles oreilles. Les textes faussement naïfs de Paroles tissées cachent une avancée technique énorme : l’introduction de séries de 12 sons et d’idées rythmiques à volonté. Les forces instrumentales en présence sont réduites, donnant naissance à des textures impalpables sauf dans « Mille chevaux » où l’expressivité connaît un climax violent. Tout comme les Chantefleurs et Chantefables, Les Espaces de sommeil font appel à des textes de Robert Desnos mais l’atmosphère de l’un n’est pas celle de l’autre. Quittant le nocturne hanté de la figure de la bien aimée soutenue par une instrumentation qui cisèle le texte des Espaces de sommeil, nous appréhendons les Chantefleurs et Chantefables par La Belle-de-nuit, figurant les évolutions des pampres de liseron. C’est à regret que nous entendons se terminer cet enregistrement qui offre un très beau panorama sur l’œuvre vocale d’un des grands compositeurs polonais. (AG)

 

Cosmographies – Michel Lysight – Quartz Ensemble

  L’Ensemble Quartz consacre son nouveau disque à la musique du compositeur belgo canadien Michel Lysight. A travers 7 pièces issues de son catalogue, nous découvrons un compositeur au langage très abordable. Il est en Belgique un des représentants majeurs du courant postmoderne de la Nouvelle Musique Consonante. Sa découverte des compositeurs minimalistes, en particulier les américains Reich, Glass et Riley a marqué sa manière de faire. On rencontre chez lui des pièces d’un grand lyrisme (le Lento du Sextuor, par exemple) à côté de pages rythmiques d’une grande précision recourant à l’ostinato ou à la répétition se déphasant. De belles atmosphères. (AG)

 

Matthias Pintscher – Sonic Eclipse, A Twilight’s Song, She-cholat ahavah ani

  Matthias Pintscher a bénéficié de l’influence d’Helmut Lachenmann, Pierre Boulez, Peter Eötvös et Hans Werner Henze pour se forger un langage bien à lui. Sa démarche de compositeur consiste à explorer le geste sonore. Ainsi dans Sonic eclipse, il envisage trois phases évolutives. La première se focalise sur une trompette solo à l’écriture virtuose tandis que la deuxième phase jette le cor jusqu’aux confins de ses possibilités. Les deux astres étant présentés, Pintscher procède au passage de l’un devant l’autre, phénomène se produisant lors d’une éclipse. Les deux instruments convergent pour se séparer à nouveau. La puissance développée dans Sonic eclipse n’est pas sans évoquer certains passages des Planètes de Gustav Holst. A Twilight’s song, basé sur des vers d’Edward Estlin Cummings (1894-1962), adopte la forme d’un éventail qui s’ouvre et se referme. Allant de l’aube au crépuscule, comme le suggère le poème, cette page met la soprano en face d’elle-même, les instruments vivant leur vie propre. L’intérêt de Pintscher pour la narration musicale se fait jour aussi dans She-cholat ahavah ani, texte en hébreu extrait du Cantique des Cantiques. Dans ce continuum sonore, le compositeur joue à la fois de la puissance du mot qu’il met en relief par des textures variées et des ambiguïtés du texte qui comporte plusieurs narrateurs dont l’identité est imprécise. La musique ici, troue le silence dans une espèce de solitude cosmique, renouvelant sans cesse notre « point d’ouïe » d’auditeur, nous mettant en quelque sorte, dans la confidence. (AG)

 

Contributeurs :

Au service des collections :

Nathalie Ronvaux (NR) ~ Anne Genette (AG) ~ Andrée Forster (AF) ~ Marie de Wautier (MDW)

Jacques Ledune (JL)

A le Média Bxl :

Françoise Vandenwouwer (FVW)

Philippe Cantaert (PC)

A propos La média de bxl

La médiathèque de Bruxelles Centre : un repaire de découvertes et de passions. Nous aimons les musiques, les films, le multimédia. dans tous les genres, tous les courants. A la recherche de titres précis ou envie de découvertes ? Nous vous proposons plus de 100.000 titres musicaux et audiovisuels en accès direct, ainsi que des sélections ciblées. La médiathèque, c’est cinquante ans d’histoires culturelles enrichies au quotidien par des mélomanes et cinéphiles rodés au défrichage de répertoires et tendances sans cesse renouvelées. Bienvenue !
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