Courants Souterrains – La musique industrielle 1er partie.

La musique industrielle est apparue dans la deuxième moitié des années 1970 sous forme de  musique « engagée ». En effet, elle revendique les aspects les plus lugubres de notre monde moderne et les retranscrit par ses agressions sonores sous forme de larsen et de bruits blancs, le tout sur des projections d’images choquantes qui traitent de sujets tels que les techniques de contrôle sur les individus (désinformation des médias de masse, sectes, etc …), les guerres chimiques ou encore la pornographie.

La formation « Throbbing Gristle » crée et conceptualise le courant appelé « musique industrielle ». Elle naît de la rencontre de Genesis Breyer P-Orridge (né Neil Andrew Megson), Cosey Fanni Tutti (née Christine Carol Newby), Peter Christopherson et Chris Carter.

De ces quatre personnages seul Chris Carter est musicien et ingénieur du son. Il crée d’ailleurs une partie des modules électroniques et élabore ses synthétiseurs lui-même. Le reste de l’équipe vient de l’univers du « body art » (qui consiste à se mettre soi-même en scène à travers son propre corps). Ils n’ont donc aucune compétence musicale. D’ailleurs, les premières répétitions du groupe consistaient à faire tourner en boucle les machines électroniques et à utiliser leurs instruments de façon non-académique et aléatoire. Genesis, quant à lui, hurle tel un damné ou narre quelques phrases de façon monocorde.

Ils fondent très vite leur propre label « Industrial Records » et assurent eux-mêmes la distribution de leur K7 audio. Alors commence une série de concerts à travers l’Angleterre, provoquant pas mal de polémiques. En effet, leurs performances se font non seulement sous forme de provocation sonore mais aussi visuelle. Des projections montrent des atrocités telles que des images de guerre, d’expériences  animales en laboratoire ou encore des extraits de films X.

Côté musique, le public se ramasse un mur du son chargé de décibels, de bruit blanc et de sons distordus en tout genre. Le public en faible nombre, constitué de curieux, d’avant-gardiste ou de punks, semble totalement dépassé par les événements. Malgré leurs débuts difficiles, ils arrivent à réunir une petite recette des concerts. En ajoutant un complément de leurs économies personnelles, ils sortent leur premier album officiel en 1977.

« 2nd annual report », leur premier opus, est un album  hors format. Son contenu est une suite de vrombissements électroniques qui associent grondements sourds, grésillements, notes stridentes de guitare, rythmiques de basse nonchalante et superpositions d’échantillons sonores (voix de politiciens, bruit de voitures, pluie, aboiements, gens en train de pleurer). La pochette réalisée par Peter Christopherson est un fond uniformément blanc avec le nom du groupe, le titre et l’adresse du label. Un style qui préfigure l’esthétique  minimale et glacée des futures vagues de musique électronique. Le célèbre label  Anglais Warp utilisera  une dizaine d’années plus tard cette imagerie.

« DOA » en 1978 marque une nette évolution sonore. L’album est froid, agressif et malsain, on y distingue cependant des mélodies notamment sur le morceau « Weeping ». Berceuse désenchantée évoquant une tentative de suicide faite de quelques notes de guitare sur fond d’échos, d’instruments à vent indéfinissables et de la voix de Genesis qui se calque merveilleusement sur la structure musicale. Sur le titre « Hamburger Lady », sa voix est passée par le « Gristleliser » appareil électronique confectionné par Chris Carter. Il distord et module le son sous plusieurs déclinaisons. Ce disque contient quelques « farces ». Le morceau d’introduction « IBM » est basé sur des données informatiques enregistrées sur bande magnétique. Le titre « United » (reprise de leur tube paru précédemment) est, quant à lui, accéléré de sorte qu’il ne dure que 16 secondes !

En 1979 « 20 Jazz Funk Greats » sort et  offre une variété de sons et d’ambiances. Il allie froideurs électroniques et sons acoustiques (notes jouées au cornet  par Cosey). Le tube « Hot on the Heels of Love » est de la pure techno sortie dix ans auparavant ! La voix de Cosey y est chuchotée de manière sensuelle. La musique synthétique, précise et entraînante rappelle les mélodies pop dansantes façon Depeche Mode ou Orchestral Manœuvre in The Dark. Dans une toute autre ambiance, « Beachy Head » parle d’une falaise qui surplombe la Manche (on entend d’ailleurs en arrière plan du morceau des mouettes) et qui a été le théâtre de nombreux suicides.

1980, les membres de TG décident d’appuyer sur la touche « record » et de créer l’album en une seule prise ! Pour l’occasion, quelques VIP sont conviées à être présentes lors de la prise de son. Parmi eux, il y a John Balance, qui fera la connaissance de Peter Christopherson avec qui il fondera « Coil » quelques années plus tard. Il en résulte l’album « Heathen Earth ». Véritable combinaison magique de sons qui oscillent entre textures planantes agrémentées de collages de voix et rythmiques mécaniques hypnotiques. L’album se termine ironiquement sur le défilement d’une cassette de relaxation.

« Mission of Dead Souls » marque la fin de la première existence du groupe. Enregistré live en 1981 à San Francisco, ce disque est un témoignage de ce que peut être TG en concert. Dès l’introduction « Dead Souls » le climat est posé, sombre, pesant et hostile.Sur « Guts on the floor » des rythmiques inhumaines viennent marteler chaque mesure de façon métronomique. Les plages s’enchaînent merveilleusement bien. Petit à petit la frénésie gagne le public jusqu’au légendaire « Discipline », titre d’une extrême violence qui vient clore le concert.

À l’issue du concert « Mission of Dead Souls », la formation acquiert une certaine notoriété auprès du public. Contrairement au schéma classique chez d’autres groupes de l’époque, TG ne se sent pas à l’aise face aux fans. Ils pensent que tout a été dit et qu’il est temps de passer à autre chose. Le groupe se sépare le 23 juin 1981. Sa campagne artistique est terminée mais le mythe peut commencer. Ils vont former chacun de leur côté des projets musicaux tels que : « Coil », « Psychic TV » et « Chris and Cosey ».

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Cet article a été publié dans Courants souterrains, Jean-François Trotin, RDV de la média de Bxl-Centre. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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