Florilège (38)

« Le petit recueil de nouveautés classique »

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Sofia Gubaïdulina – Complete String Quartets

 

De petits éléments tournoyant dans le vide, se lovant sur eux-mêmes, glissant d’un incertain vers un indécis, s’éloignant peu à peu d’un centre imaginaire pour aller vers un ailleurs qui est Autre. Envisager la musique de Sofia Gubaidulina sans sa dimension religieuse, spirituelle et symbolique, c’est manquer une rencontre, celle avec une femme confrontée dès les débuts avec les contraires et tentant de les relier. La musique est-elle pour elle un moyen de répondre à cette tension ? Peut-être. Le Premier quatuor pourrait être une métaphore de l’opposition de ces contraires dans l’éloignement progressif de ses protagonistes tandis que le troisième quatuor accumule à l’envi les modes de jeu. Avec le Quatrième Quatuor pour cordes, balles en caoutchouc et bande magnétique, la compositrice arrive à la quintessence de sa quête de  » reliance « . Près de dix ans plus tard, Reflections on the Theme B-A-C-H qui peut être considéré comme un cinquième quatuor à cordes apporte-t-il une réponse à cette recherche d’union des contraires ? Mais si réponse il y a, n’est-ce pas courir le risque de voir se tarir l’énergie engendrée par la question ? Assurément non, puisque le motif issu de l’Art de la fugue du grand Jean-Sébastien donne naissance à un flux d’abord indécis puis de plus en plus tendu vers les sommets de la tessiture du quatuor, véritable aspiration dirigée vers la transcendance et qui laisse à chaque auditeur le loisir de méditer. (AG)

 

Roger Muraro – Reflets – Ravel, Gershwin, Fauré & Stravinsky

  Le pianiste Roger Muraro a rassemblé sur un même disque une œuvre emblématique – le Concerto pour piano en Sol de Maurice Ravel – et un échantillon de pièces pour piano de Ravel, de Gershwin, de Stravinsky ou encore de Fauré. Ces œuvres illustrent les différents courants stylistiques dont Ravel s’est inspiré pour son Concerto en établissant des parallèles que le pianiste explique dans le livret accompagnant le CD : le Jazz de Gershwin, la modernité de Stravinsky, le balancement rythmique de Fauré… Un beau projet qui sort des sentiers battus et qui nous éclaire sur l’écriture de Ravel. (NR)

 

Joseph Haydn – Les Sept Dernières Paroles du Christ en Croix – Quatuor Prazak

  16 cordes seulement pour énoncer (et méditer) ces 7 adagios composés par Haydn suite à une commande espagnole en 1786. La tâche du compositeur n’est pas simple car l’objectif de cette commande est de « remplir » (sans ennuyer l’auditeur) l’intervalle – de plus ou moins 10 minutes – entre les sermons de l’évêque de Cadix. Le célèbre Quatuor, constitué au Conservatoire de Prague dans les années ’70, partage une nouvelle fois un savoir-faire et une rigueur hors norme. (MDW)

 

Claudio Monteverdi – Missa In Illo Tempore

 

Guillaume de Gonzagues (1538-1587), duc de Mantoue, souverain très chrétien, fit construire la Basilique de Santa Barbara (à Mantoue). Elle devint le lieu des cérémonies de la prestigieuse famille. Claudio Monteverdi et Giaches de Wert furent tous deux au service des Gonzague et c’est dans le cadre de leurs fonctions qu’ils composèrent les œuvres présentées dans cet album. Chef-d’œuvre de l’écriture polyphonique, la Missa in illo tempore de Monteverdi est écrite dans le stile antico des traditions de la polyphonie franco-flamande et le compositeur y déploie tous les effets de cet art du contrepoint dont il maîtrise l’écriture.

Guiaches de Wert fut maître de chapelle de la basilique Santa Barbara en 1565 et le resta jusqu’à sa mort. Il écrivit huit livres de madrigaux en même temps qu’il se consacrait aux compositions liturgiques exigées par sa fonction. Certains passages des œuvres interprétées révèlent aussi de belles complexités contrapuntiques.

L’enregistrement de cet album a été réalisé dans la basilique Santa Barbara. La disposition spatiale des chanteurs a été étudiée et adaptée selon les exceptionnelles qualités sonores du lieu. L’alternance des voix, uniquement masculines, se répondant et s’entrecroisant dans la complexité des compositions, sont, entre les graves et les aigus, comme des jeux d’ombre et de lumière, aériennes et terrestres qui emplissent les profondeurs de l’espace de leur musique intemporelle. Interprétation de toute grande qualité ! (FVW)

 

Alexander Glazounov – Quatuor à cordes 1 & 7 par l’Utrecht String Quartet

  Voici le cinquième volume que l’Utrecht String Quartet consacre aux quatuors à cordes d’Alexandre Glazounov. Nous avons ici l’alpha et l’oméga de l’œuvre pour quatuor du compositeur. Le Premier Quatuor porte le numéro de classement op.1 et a été terminé au printemps 1882. Le compositeur n’a que 17 ans à cette époque, son langage est proche de celui de Rimski-Korsakov ou de Balakirev avec la fraîcheur de la jeunesse. La clarté rédactionnelle séduit dès la première écoute. Ecrit en 1930, le Septième quatuor à cordes se présente comme un hommage au passé, un moyen de mesurer le chemin parcouru. Ici la science de l’écriture pour quatuor atteint des sommets de délicatesse dans la manière de tisser les lignes mélodiques entre elles. Les recherches au niveau de la texture sonore ne peuvent laisser indifférent. Ainsi le début du troisième mouvement  » Dans la forêt mystérieuse  » en est un bel exemple. Le final  » Festival russe  » contient évidemment des ingrédients tirés du folklore ainsi que de la liturgie orthodoxe. C’est une apothéose où apparait aussi le son de la balalaïka, simulé par des accords. Si nous pensons aux nombreux événements qui ont marqué la destiné de la Russie de 1880 à 1930, nous pouvons alors mieux saisir ce que ce dernier quatuor à cordes peut avoir d’anachronique dans le paysage musical de la première moitié du 20ème siècle. Ceci pourrait aussi intervenir comme explication à l’oubli dans lequel est tombée l’oeuvre de Glazounov. Grâce aux recherches patientes des musicologues, son rôle dans l’éclosion de l’Ecole soviétique a été reconnu à sa juste valeur. Sa musique est à nouveau au programme des concerts, pour le plus grand plaisir de tous. (AG)

 

Kinsky Trio Prague & Prazak Quartet – Alexander Borodin – Piano Trio …

  En plus de la composition, Alexandre Borodine pratique la flûte, le piano et le violoncelle qui devient son instrument de prédilection. Ce que l’on connaît un peu moins de lui, c’est sa carrière de médecin et d’excellent chimiste (recherches, publication d’articles et création d’une école de médecine pour femmes). Pour revenir au violoncelle, les ensembles Kinsky et Prazak jouent « les petits péchés de jeunesse » du compositeur (ce qui correspond aux partitions de chambre écrites entre 1850 et 1860) et allient spontanéité, lyrisme et inspiration nationale dans leur interprétation. (MDW)

 

Glorius Percussion & In Tempus Praesens – Sofia Gubaïdulina

  On connaît l’intérêt de Sophia Gubaidulina pour l’organologie. Née en République Tatare, la compositrice se trouve aux confins de plusieurs cultures qui lui ouvrent largement des perspectives sonores inouïes. Lorsqu’en 1975, elle fonde avec d’autres compositeurs le groupe Astraea, c’est à ces perspectives qu’elle pense. L’improvisation qui va se pratiquer au sein d’Astraea implique aussi des recherches sur les instruments rares venus de Russie, du Caucase mais aussi de l’Asie. C’est une véritable démarche exploratoire qui naît ainsi et que Gubaidulina ne cessera jamais de pratiquer depuis, rassemblant à son domicile hambourgeois une riche collection d’instruments de musique. Son catalogue compte plusieurs oeuvres comprenant du bayan (De profundis ; Et expecto), du koto (In the shadow of the tree ; Early in the Morning before Waking) ou des instruments chinois, ouzbeks, tadjiks (Jubilation). Les percussions, univers infini de sonorités se taillent la part belle dans l’œuvre de la compositrice. La Sonate pour deux percussionnistes est une pépinière d’instruments rare comme la cymbale turque et son homologue chinoise, des cloches de temple et deux disques en aluminium. Dans Glorious percussion, une manière de concerto, entend-on la darbouka, des carillons de bambou et d’autres instruments exotiques. Cette démarche s’inscrit magnifiquement dans la conception philosophique de Gubaidulina pour qui la recherche d’un Tout ne peut se passer du multiple. (AG)

 

Contributeurs :

Au service des collections :

Nathalie Ronvaux (NR) ~ Anne Genette (AG) ~ Andrée Forster (AF) ~ Marie de Wautier (MDW)

Jacques Ledune (JL)

A le Média Bxl :

Françoise Vandenwouwer (FVW)

Philippe Cantaert (PC)

A propos La média de bxl

La médiathèque de Bruxelles Centre : un repaire de découvertes et de passions. Nous aimons les musiques, les films, le multimédia. dans tous les genres, tous les courants. A la recherche de titres précis ou envie de découvertes ? Nous vous proposons plus de 100.000 titres musicaux et audiovisuels en accès direct, ainsi que des sélections ciblées. La médiathèque, c’est cinquante ans d’histoires culturelles enrichies au quotidien par des mélomanes et cinéphiles rodés au défrichage de répertoires et tendances sans cesse renouvelées. Bienvenue !
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