Florilège (42)

« Le petit recueil de nouveautés classique »

Pour connaître la disponibilité de l’un ou l’autre des média, cliquez sur la vignette correspondante.

Trio Chausson – Chaminade, Debussy & Lenormand

  Le choix du programme de cet enregistrement revient au Palazzetto Bru Zane, centre créé en 2009 et dédié à la musique française ayant pour objectif de redonner vie aux œuvres et compositeurs négligés ou simplement méconnus. Cécile Chaminade (1857-1944) ne choisit pas sa carrière de compositrice et concertiste, elle s’est imposée à elle. Elevée dans un milieu cultivé passionné par la musique, elle reçoit les encouragements de C. Saint-Saëns, d’ E. Chabrier et de G. Bizet. Ses prestations et ses succès sont nombreux jusqu’à la première guerre mondiale, date à laquelle elle décide de mettre fin à sa carrière. Elle se retire dans le sud de la France et décède en 1944. Elle compose son Trio n°2 en 1887 c’est-à-dire quelques années après celui de Debussy. Ce programme se conclut par le Trio op.30 de René Lenormand (1846-1932), personnalité de nos jours un peu éclipsée mais qui au tournant des 19ème et 20ème siècles joue un rôle important dans l’histoire de la musique français. Publié en 1893, le Trio en sol op.30 recèle des « audaces harmoniques » intéressantes et des couleurs vraiment séduisantes! (MDW)

Adalbert Nudera – Divertissement & polonaise pour 3 cors de basset

  On ne connaît quasi rien de la biographie d’Adalbert Nudera (1746-1811) ; tout au plus peut-on affirmer, sur base de quelques dictionnaires musicaux allemands et tchèques, qu’en 1796 il occupait le poste de violoniste dans l’orchestre de la Cathédrale Saint-Pierre de Vysehrad à Prague et qu’il était surtout apprécié pour ses compositions instrumentales. Même si Vienne devait en être le point de départ, les compositions pour trios de cors de basset semblent avoir été, à la fin de 18ème siècle, un genre très en vogue en Bohème, si l’on en croit du moins les nombreuses partitions pour cette formation que recèle le Musée National de Prague et d’où proviennent les cinq divertimentos de Nureda. En Bohème davantage qu’à Vienne, le trio pour cors de basset devait finir par quitter les sphères de la musique savante pour rejoindre la rue et les fêtes populaires où une certaine ironie était souvent l’unique contestation possible de l’autorité impériale toute puissante. Un côté populaire est surtout perceptible ici au travers des quatre polonaises tandis que les divertimentos se distingueront plutôt par leur structure prédéfinie en quatre mouvements là où une certaine tradition aurait laissé davantage de liberté. L’ensemble allemand  » Clarimonia « , fondé, il y a plus de dix ans, par le clarinettiste et facteur d’instrument Jochen Segellke, utilise précisément des copies d’instruments d’époque réalisées par ce dernier selon le modèle Hammig Junior (Vienne 1800). Cette version, qui se propose de fêter les deux-cents ans de la mort du compositeur, rappelle celle du Trio Stadler en 1998 (CA3362), qui, pour sa part, nous faisait découvrir les sons authentiques d’instruments signés Theodor Lotz [1747-1792) que le trio avait empruntés à la collection du château de Krasna Hôrka en Slovaquie. (JL)

Orlando ou le délire – Nicolo Porpora

  Tout comme Vivaldi, Nicola Porpora enseigna la musique dans un orphelinat pour filles à Venise qui comptait quatre institutions remarquables pour la formation musicale de leurs pensionnaires. Les vêpres « Per la Festività dell’Assunta » furent donc composées dans ce contexte et écrites pour des voix de femmes. Le style en est préclassique et se distingue des compositions de Vivaldi par une ornementation très élaborée et par sa conception rythmique, alternant des chœurs en contrepoint et des voix solistes intervenant sur des airs lyriques très proches de l’opéra. Sa musique, entre le baroque et le classique réalise une synthèse originale des styles de l’époque. (FVW)

Pascal Pistone – D’Est en Ouest

  Paru à l’initiative du pianiste franco-italien Pascal Pistone, D’Est en Ouest nous offre la chance de découvrir les Douze Préludes pour piano de Pretor Part ainsi que trois œuvres de jeunesse de la plume de l’interprète. C’est lors d’un de ses voyages que Pascal Pistone reçut de la main du compositeur ces préludes alors inédits à l’enregistrement. Voici donc de l’inouï !

Pretor Part est un artiste sibérien né à la fin des années 1920 qui pratique à la fois la composition et les arts graphiques. Ses œuvres sont exposées en Russie et dans les pays slaves mais sa musique commence à se faire connaître en Europe. Il est le créateur d’un style qu’il qualifie de Hi-Sense Music, sorte de synthèse des arts que les Douze Préludes dans sa version pour piano solo laissent deviner. Son langage se revendique du Minimalisme, citant à la fois les Répétitifs américains, Erik Satie, John Cage mais aussi Arvo Part. Je dirais pour ma part qu’il ressort de la Nouvelle Consonance.

Né en 1970, Pascal Pistone est à la fois interprète, chef d’orchestre, musicologue, professeur et compositeur. Il s’est spécialisé dans la musique contemporaine tout en ne négligeant pas l’improvisation ou l’accompagnement au piano de films muets. Son intérêt pour les correspondances entre la musique et les autres arts se manifeste ici dans Mélologue II, un mélodrame sur des poèmes de Lautréamont. Il est piquant de remarquer que les trilles concluant cette pièce se prolongent dans le début de la Rhapsody in Blue de George Gershwin. Ce n’est sans doute un hasard….(AG)

Goeyvaerts String Trio – Schönberg, Webern et Schnittke

  Cette compilation de cinq œuvres pour trio ne se contente pas de balayer 60 ans de musique d’inspiration dodécaphonique, elle montre différents niveaux de cohérence au sein d’un travail de composition orienté par principe vers l’abstraction. Schoenberg composa, en effet, Le trio op.45 en 1946 lors d’une hospitalisation et, au-delà d’une description des hauts et des bas de sa convalescence, comme on devait l’affirmer par boutade, l’œuvre représente un dosage savant de dramatisation, de lyrisme thématique avec une écriture dodécaphonique faisant la part belle aux contrastes et à l’événementiel. La plage suivante nous permet d’entendre Schoenberg (en anglais) à propos de la retransmission radiophonique du trio en 1949. Défi technique pour les interprètes, le Trio op.20, que Webern composa en 1927, se distingue par une volonté de réintégrer les formes classiques comme le rondo dans la première partie ou la forme sonate dans la seconde. L’enregistrement s’achève avec Schnittke qui, même s’il n’appartient pas à l’Ecole de Vienne proprement dite, s’en approche à plus d’un titre, et pour y avoir vécu, parvient à rendre perceptible sa nostalgie de la capitale autrichienne par une atmosphère sobre et mélancolique autour du centième anniversaire de la naissance de Berg. Célébration que le début du trio évoque d’ailleurs très explicitement avec le thème du  » Happy Birthday  » reconnaissable malgré l’inversion des notes. (JL)

Passport – Brooklyn Rider Quartet

  Le Brooklyn Rider est un quatuor à cordes dont les musiciens sont ouverts à toutes les musiques et désireux de dialoguer avec d’autres musiciens issus de différents horizons. Pour exemple, leur rencontre avec le musicien iranien Kayhan Kalhor a donné l’album  Silent City  (MX 1428). Sur le présent album, ils interprètent des pièces appartenant au folklore arménien et composées par Komitas Vardapet (1869-1935), prêtre arménien, musicologue, compositeur, pédagogue… qui consacra sa vie à recueillir, transcrire, étudier et interpréter les chants traditionnels arméniens dont il réalisa aussi des arrangements et qui lui inspirèrent ses propres compositions. Komitas Vardapet fut arrêté et torturé lors du génocide des arméniens. Libéré il trouva sa maison, sa bibliothèque, les recueils de tous ses travaux détruits et sombra dans une profonde dépression. Il mourut en France dans un asile psychiatrique. Il a influencé de nombreux musiciens notamment le compositeur arménien Tigran Mansurian et l’altiste Kim Kashkashian qui ont enregistré ensemble les albums Hayren, Music of Tigran Mansurian and Komitas (FM1408), et Neharot (FM1409), empreints de réminiscences des compositions de Komitas et de la musique traditionnelle de leur enfance. (FVW)

Alessandro Striggio – Messes à 40 et 60 voix

  La Messe à 40 voix d’Alessandro Striggio s’inscrit dans ce que l’on nomme le « baroque monumental » (première moitié du XVIIIème siècle en Italie). Elle est écrite pour 5 chœurs à 8 voix. De telles œuvres monumentales étaient commandées pour des cérémonies requérant des compositions exceptionnelles, ici par la cour des Médicis, mais elles s’inscrivent aussi dans un courant stylistique de l’art baroque. Hervé Niquet et Le Concert Spirituel ont choisi de réaliser une représentation de cette monumentalité baroque en assemblant aux pièces de Striggio celles de deux autres illustres représentants de ce mouvement, Orazio Benevoli (1605-1672) auteur d’une messe à 48 voix pour 12 chœurs et Francesco Corteccia (1502-1571) qui fut à la même époque maître de Chapelle à la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence. Si la magnificence qualifie ces œuvres, elles ne sont pas pompeuses mais évoquent par la richesse de l’écriture et des moyens vocaux la plénitude spirituelle de la foi exprimée et l’on aimerait se trouver au chœur de cette belle cathédrale pour écouter cet impressionnant concert de voix. (FVW)

Ryan Francis – Oeuvres pour piano par Vicky Chow

   Ryan Anthony Francis a étudié la composition à la Julliard School ainsi qu’à l’ University of Michigan. Son langage combine des éléments empruntés à Ligeti avec le minimalisme de Steve Reich et de John Adams. Ses pièces pour piano sont très inventives et font de temps à autres référence à d’autres compositions, dans un jeu de mémoire bien troublant. (AG)

Contributeurs :

Au service des collections :

Nathalie Ronvaux (NR) ~ Anne Genette (AG) ~ Andrée Forster (AF) ~ Marie de Wautier (MDW)

Jacques Ledune (JL)

A le Média Bxl :

Françoise Vandenwouwer (FVW)

Philippe Cantaert (PC)

A propos La média de bxl

La médiathèque de Bruxelles Centre : un repaire de découvertes et de passions. Nous aimons les musiques, les films, le multimédia. dans tous les genres, tous les courants. A la recherche de titres précis ou envie de découvertes ? Nous vous proposons plus de 100.000 titres musicaux et audiovisuels en accès direct, ainsi que des sélections ciblées. La médiathèque, c’est cinquante ans d’histoires culturelles enrichies au quotidien par des mélomanes et cinéphiles rodés au défrichage de répertoires et tendances sans cesse renouvelées. Bienvenue !
Cet article, publié dans Florilège, Musique Classique, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s